Imposition individuelle en Suisse: ce qui change pour les couples mariés
La fiscalité du mariage vit ses dernières années.
Le 8 mars 2026, le peuple suisse a accepté la loi fédérale sur l’imposition individuelle avec 54,23 pour cent de oui. Depuis, une autre date est venue compléter le calendrier. Le Conseil fédéral a décidé que le nouveau système entrera en vigueur le 1er janvier 2032.
Le principe est simple.
Aujourd’hui, les couples mariés sont imposés ensemble. Demain, chaque personne sera imposée séparément, qu’elle soit mariée ou non.
Derrière ce changement apparemment technique se cache une réforme profonde. Elle modifiera la charge fiscale de nombreux ménages, mais aussi la manière d’aborder certaines décisions de prévoyance et de retraite.
Et non, tout le monde n’y gagnera pas.
L’essentiel en bref
L’imposition individuelle entrera en vigueur le 1er janvier 2032.
Les personnes mariées rempliront chacune leur propre déclaration d’impôt.
Les couples dont les deux partenaires disposent de revenus similaires et relativement élevés devraient avoir tendance à bénéficier du changement.
Les ménages avec un seul revenu ou avec une forte différence de revenus peuvent au contraire être davantage imposés selon leur situation.
Le pilier 3a, la caisse de pension et les retraits de prévoyance resteront des éléments à planifier individuellement.
Les cantons doivent encore adapter leurs lois, leurs barèmes et certaines déductions. La charge fiscale future ne peut donc pas encore être calculée précisément pour chaque ménage.
Pour les propriétaires, une deuxième réforme doit entrer dans l’équation. La valeur locative sera supprimée dès 2029.
Qu’est-ce qui va réellement changer?
Aujourd’hui, les revenus des deux personnes mariées sont additionnés pour déterminer leur charge fiscale.
Dans un système progressif, cette addition peut faire monter le taux d’imposition. Des barèmes et déductions spécifiques existent certes pour les couples mariés, mais ils ne neutralisent pas toujours l’effet.
Avec l’imposition individuelle, ce principe disparaît.
Chaque personne déclarera séparément ses revenus et sa fortune. Les éléments fiscaux seront attribués selon les rapports juridiques correspondants.
Un salaire sera ainsi imposé chez la personne qui le perçoit. Une rente également.
Pour un compte bancaire commun, la répartition se fera en principe par moitié. Pour un bien immobilier, les rapports de propriété inscrits au registre foncier seront déterminants.
Autrement dit, le mariage cessera d’être l’unité de calcul fiscal.
Qui devrait profiter de l’imposition individuelle?
Les couples mariés dont les deux partenaires gagnent des revenus similaires font partie des principaux bénéficiaires attendus.
La raison tient à la progression fiscale.
Prenons deux personnes qui disposent chacune d’un revenu confortable. Aujourd’hui, leurs revenus sont additionnés parce qu’elles sont mariées.
Avec l’imposition individuelle, chaque revenu suivra sa propre progression.
Deux revenus. Deux calculs.
Pour de nombreux couples à double revenu, cela peut réduire la charge de l’impôt fédéral direct.
Les simulations de l’Administration fédérale des contributions montrent toutefois que l’effet dépend fortement de la répartition des revenus au sein du ménage.
Le montant du revenu n’est donc pas le seul élément qui compte.
Qui risque de payer davantage?
C’est l’autre côté de la réforme.
Les ménages à revenu unique ainsi que les couples dont les revenus sont très inégaux peuvent être moins bien lotis.
Imaginez qu’une personne dispose d’un revenu élevé tandis que l’autre ne travaille pas ou gagne nettement moins.
La séparation des revenus produit alors beaucoup moins d’avantages en matière de progression.
En parallèle, les mécanismes actuels d’allègement liés à l’imposition commune des couples mariés seront remplacés par le nouveau système.
Selon le revenu, les enfants, les déductions et le futur barème cantonal, certains ménages pourront donc payer davantage qu’aujourd’hui.
La réforme ne transforme pas tous les couples mariés en gagnants.
Elle change surtout la logique selon laquelle la charge fiscale est répartie.
Et les familles avec enfants?
Le passage à l’imposition individuelle s’accompagne également d’adaptations de l’impôt fédéral direct.
La déduction pour enfants doit notamment passer à 12 000 francs par enfant.
Les déductions liées aux enfants seront en principe réparties entre les parents selon les règles prévues par le nouveau système.
L’objectif est d’éviter que le changement de modèle ne pénalise excessivement les familles.
Mais là encore, il faut éviter les conclusions trop rapides.
La charge fiscale effective dépendra de la répartition des revenus, des déductions applicables et surtout de la manière dont chaque canton adaptera son propre système.
Pourquoi votre canton reste-t-il si important?
Parce que l’imposition individuelle ne concerne pas uniquement l’impôt fédéral direct.
Les cantons et les communes doivent eux aussi passer au nouveau système.
Ils devront adapter leurs législations fiscales et pourront revoir leurs barèmes ainsi que certaines déductions sociales.
Cela signifie qu’il est aujourd’hui possible de décrire la direction de la réforme, mais pas encore de calculer au franc près ce qu’un couple genevois, vaudois ou fribourgeois paiera en 2032.
Les règles cantonales ne sont pas encore toutes connues.
Une simulation actuelle doit donc être interprétée comme un scénario, pas comme une future facture fiscale.
Que change la réforme pour votre prévoyance?
Moins qu’on pourrait le penser sur le plan juridique. Davantage qu’on pourrait le croire sur le plan fiscal.
De nombreux éléments de la prévoyance sont déjà personnels aujourd’hui.
Votre avoir de caisse de pension vous appartient. Votre pilier 3a est également lié à votre personne.
L’imposition individuelle ne transforme donc pas soudainement une prévoyance commune en prévoyance individuelle.
En revanche, elle renforce l’intérêt d’analyser séparément la situation fiscale des deux partenaires.
Car une même déduction peut produire un effet différent selon la personne qui dispose du revenu imposable le plus élevé.
Le pilier 3a reste personnel
Le principe du pilier 3a ne change pas.
Chaque personne qui remplit les conditions peut verser dans son propre pilier 3a dans les limites légales et déduire les cotisations admissibles de son revenu imposable.
Ce qui changera avec l’imposition individuelle, c’est le cadre dans lequel cette déduction produira son effet.
Le taux marginal d’imposition de chaque personne deviendra encore plus directement pertinent.
Deux personnes mariées pourront donc obtenir des effets fiscaux différents pour leurs versements 3a respectifs.
Le montant versé est une chose.
La personne chez qui la déduction produit son effet en est une autre.
Nous expliquons plus en détail ce mécanisme dans le blog «Pilier 3a: combien d’impôts peut-on économiser?».
Et les rachats dans la caisse de pension?
Le même raisonnement vaut pour les rachats volontaires dans la caisse de pension.
Un rachat admissible peut en principe réduire le revenu imposable de la personne concernée.
Avec l’imposition individuelle, l’effet fiscal devra donc être analysé encore plus clairement au niveau de chaque partenaire.
Prenons un couple dans lequel une personne dispose d’un revenu sensiblement plus élevé que l’autre.
Un rachat dans la caisse de pension ne produit pas nécessairement le même effet fiscal chez les deux personnes.
Mais l’impôt ne doit jamais être le seul critère.
Potentiel de rachat, qualité de la caisse, liquidités, horizon jusqu’à la retraite et forme de perception prévue doivent également entrer dans la décision.
Rente ou capital? La décision devient encore plus personnelle
Au moment de la retraite, une question reste centrale.
Faut-il percevoir l’avoir de la caisse de pension sous forme de rente, de capital ou combiner les deux?
L’imposition individuelle ajoute un paramètre supplémentaire à cette décision.
Une rente de caisse de pension est imposée chaque année comme un revenu.
Un retrait en capital est, lui, imposé séparément des autres revenus selon les règles applicables aux prestations en capital.
Dans un couple, la solution optimale ne sera donc pas nécessairement identique pour les deux personnes.
L’une peut privilégier la sécurité d’une rente. L’autre peut disposer d’une situation patrimoniale qui rend un retrait en capital plus pertinent.
La fiscalité compte, mais elle ne décide pas seule.
Besoins financiers, espérance de vie, patrimoine disponible, succession, logement et capacité à gérer le capital restent déterminants.
Les différences sont détaillées dans notre blog «Rente ou capital de la caisse de pension: quelle option choisir à la retraite?».
Faut-il toujours échelonner les retraits de prévoyance?
L’imposition individuelle ne fait pas disparaître cette question.
Les prestations en capital de la prévoyance restent imposées séparément des autres revenus et la charge fiscale varie fortement d’un canton à l’autre.
La planification concerne notamment les avoirs détenus sur plusieurs comptes ou dépôts du pilier 3a, les avoirs de libre passage et les retraits en capital de la caisse de pension.
Plusieurs retraits effectués par une même personne peuvent toujours avoir des conséquences fiscales.
Il serait donc faux de conclure qu’avec l’imposition individuelle, l’échelonnement des retraits n’aura plus d’utilité.
La différence est plutôt ailleurs.
La stratégie devra être calculée pour chaque partenaire séparément, puis coordonnée au niveau du couple.
Retraite partielle et imposition individuelle
La retraite ne doit pas nécessairement avoir lieu du jour au lendemain.
Une réduction progressive du taux d’activité peut permettre d’organiser différemment revenus, rentes et retraits en capital.
Avec l’imposition individuelle, ces décisions devront être examinées encore davantage au niveau de chaque personne.
Un partenaire peut par exemple réduire son activité plus tôt tandis que l’autre continue à travailler à plein temps.
Leurs revenus imposables, leurs cotisations de prévoyance et leurs retraits n’évoluent alors plus de la même manière.
Notre blog sur la retraite partielle explique comment des retraits échelonnés peuvent s’intégrer à la transition vers la retraite.
Un couple, deux stratégies de prévoyance
L’imposition individuelle renforce une règle qui devrait déjà faire partie d’une bonne planification financière.
Planifier ensemble. Optimiser individuellement.
Pour chacun des deux partenaires, il devient utile d’examiner séparément les prestations AVS attendues, l’avoir de caisse de pension, les avoirs du pilier 3a, les autres placements, les rentes et retraits en capital prévus, ainsi que la date de retraite.
Il faut également intégrer la fortune libre, le logement, les hypothèques et la charge fiscale personnelle.
Ce n’est qu’ensuite que les deux situations peuvent être réunies dans un plan financier commun.
Cette approche est particulièrement importante lorsque les partenaires n’ont pas le même âge, le même revenu ou le même taux d’activité.
Une bonne retraite reste un projet de couple.
La fiscalité, elle, deviendra individuelle.
Et si vous êtes déjà proche de la retraite?
Alors 2032 n’est pas aussi loin qu’il en a l’air.
Une personne qui aura 65 ans en 2032 a aujourd’hui 59 ans.
Les décisions prises maintenant concernant des rachats dans la caisse de pension, des comptes 3a, une retraite partielle, une hypothèque ou la forme de perception du 2e pilier peuvent donc encore produire leurs effets lorsque le nouveau système fiscal entrera en vigueur.
Cela ne signifie pas qu’il faut modifier votre plan aujourd’hui sur la base d’hypothèses.
Mais ignorer complètement la réforme serait tout aussi peu judicieux.
Une planification de retraite sérieuse travaille avec plusieurs scénarios.
Notre blog «Une retraite sans souci financier: comment planifier efficacement en 4 étapes» montre comment structurer cette préparation plusieurs années à l’avance.
Qu’est-ce qui change pour les propriétaires?
L’imposition individuelle rend également l’attribution juridique du patrimoine plus importante.
Pour un bien immobilier, la propriété inscrite au registre foncier déterminera la répartition entre les déclarations fiscales individuelles.
Si les deux partenaires possèdent chacun la moitié d’un logement, leurs parts respectives devront être prises en compte dans leur propre déclaration.
La même logique concerne notamment les dettes et les intérêts passifs qui y sont liés.
Pour les couples propriétaires, il devient donc encore plus important de savoir précisément à qui appartient quoi.
Mais ce n’est pas la seule réforme fiscale qui les concerne.
La valeur locative disparaîtra avant l’imposition individuelle
Le calendrier fiscal suisse réserve une particularité aux propriétaires.
La réforme de l’imposition de la propriété du logement entrera en vigueur le 1er janvier 2029.
Pour les logements occupés par leur propriétaire, la valeur locative disparaîtra en principe.
En parallèle, différentes possibilités de déduction seront réduites ou supprimées. Cela concerne notamment les frais d’entretien ainsi que, dans une large mesure, la déduction des intérêts passifs.
Pour un couple qui possède un logement et prépare sa retraite, les deux réformes doivent donc être considérées ensemble.
La valeur locative change en 2029.
L’imposition individuelle suit en 2032.
Entre les deux, une décision concernant l’amortissement d’une hypothèque ou la structure du patrimoine peut avoir des conséquences pendant de nombreuses années.
Faut-il agir maintenant?
Pour la majorité des ménages, non.
Il n’est pas nécessaire de réorganiser sa fortune ou sa prévoyance aujourd’hui simplement parce que l’imposition individuelle arrive en 2032.
De nombreux détails cantonaux restent à définir.
En revanche, la réforme mérite déjà une place dans votre planification si vous prenez aujourd’hui des décisions qui produiront leurs effets pendant plusieurs années.
C’est notamment le cas si vous approchez de la retraite, prévoyez un retrait en capital de la caisse de pension, possédez plusieurs comptes 3a, envisagez une retraite partielle ou devez décider comment amortir une hypothèque.
Dans ces situations, 2032 fait déjà partie de l’horizon de planification.
Conclusion
La fin de l’imposition commune ne signifie pas la fin de la planification financière en couple.
Au contraire.
L’imposition individuelle déplace simplement le point de départ.
Les couples avec deux revenus similaires devraient avoir tendance à profiter du nouveau système. Les ménages à revenu unique ou avec une forte différence de revenus peuvent connaître l’effet inverse.
Pour la prévoyance, le principe devient particulièrement clair.
Le pilier 3a, la caisse de pension et les retraits de capital doivent être analysés au niveau de chaque personne. La stratégie de retraite, elle, doit toujours fonctionner pour le ménage dans son ensemble.
À cela s’ajoute, pour les propriétaires, la suppression de la valeur locative dès 2029.
Les prochaines années ne demandent donc pas des décisions précipitées.
Elles demandent une planification qui regarde un peu plus loin que la prochaine déclaration d’impôt.
Questions fréquentes sur l’imposition individuelle en Suisse
L’imposition individuelle est-elle définitivement décidée?
Oui. Le peuple suisse a accepté la loi fédérale sur l’imposition individuelle le 8 mars 2026 avec 54,23 pour cent de oui.
Quand l’imposition individuelle entrera-t-elle en vigueur?
Le Conseil fédéral a décidé de fixer son entrée en vigueur au 1er janvier 2032.
Les couples mariés devront-ils remplir deux déclarations d’impôt?
Oui. Chaque personne mariée remplira sa propre déclaration et sera imposée séparément.
Qui devrait profiter de l’imposition individuelle?
Les couples mariés dont les deux partenaires disposent de revenus similaires devraient avoir tendance à profiter du changement, notamment en raison de la progression séparée. L’effet réel dépendra toutefois du revenu, des enfants, des déductions et de la mise en œuvre cantonale.
Qui risque de payer davantage?
Les ménages à revenu unique et les couples présentant une forte différence de revenus peuvent, selon leur situation, supporter une charge fiscale plus élevée qu’aujourd’hui.
Que devient la déduction pour enfants?
Pour l’impôt fédéral direct, la déduction pour enfants doit passer à 12 000 francs par enfant. Les modalités concrètes de répartition entre les parents dépendent du nouveau système.
Le pilier 3a va-t-il changer?
Le pilier 3a reste une prévoyance individuelle. Les personnes qui remplissent les conditions pourront toujours effectuer des versements dans les limites légales et faire valoir les déductions correspondantes.
Dois-je modifier mes comptes 3a à cause de l’imposition individuelle?
Pas uniquement à cause de cette réforme. Le nombre de comptes ou dépôts 3a et leur calendrier de retrait doivent être déterminés dans le cadre de votre planification globale de retraite et de fiscalité.
L’échelonnement des retraits restera-t-il intéressant?
Il peut toujours l’être. Plusieurs retraits en capital effectués par une même personne peuvent avoir des conséquences fiscales selon le canton. La stratégie doit donc être calculée individuellement.
Qu’est-ce qui change pour les propriétaires?
L’attribution des biens, des dettes et des revenus liés à la propriété devra être prise en compte individuellement. En parallèle, la suppression de la valeur locative entrera en vigueur dès le 1er janvier 2029.
Dois-je déjà adapter ma planification de retraite?
Pas dans la précipitation. Mais si vous approchez de la retraite ou prenez aujourd’hui des décisions à long terme concernant votre caisse de pension, votre pilier 3a, des retraits en capital, votre hypothèque ou votre logement, il est pertinent d’intégrer les réformes déjà décidées dans vos scénarios.
Sources et méthodologie
Le peuple suisse a accepté la loi fédérale sur l’imposition individuelle le 8 mars 2026 avec 54,23 pour cent de oui.
Le 19 août 2026, le Conseil fédéral a décidé que l’imposition individuelle entrera en vigueur le 1er janvier 2032. Ce délai doit permettre aux cantons d’adapter leurs législations fiscales, leurs barèmes, leurs déductions et leurs systèmes techniques.
Le nouveau régime prévoit que les personnes mariées seront imposées individuellement. Chacune remplira sa propre déclaration d’impôt. Les revenus et les éléments de fortune seront attribués selon les rapports juridiques correspondants.
Pour l’impôt fédéral direct, la réforme prévoit également une adaptation du barème et une augmentation de la déduction pour enfants à 12 000 francs par enfant.
Les conséquences concrètes au niveau des impôts cantonaux et communaux ne peuvent pas encore être déterminées de manière définitive pour chaque ménage, puisque les cantons doivent encore mettre en œuvre la réforme.
État des informations: septembre 2026.
Disclaimer: ce blog est fourni uniquement à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil fiscal, financier ou de prévoyance personnalisé. Les conséquences de l’imposition individuelle dépendront notamment de la situation personnelle et de la mise en œuvre cantonale. Avant toute décision importante, il convient de vérifier la situation fiscale concrète auprès d’une spécialiste ou d’un spécialiste fiscal et/ou de l’autorité fiscale cantonale.