Loud Budgeting: pourquoi la génération Z redéfinit l'épargne

«Je passe mon tour. Ce n’est pas dans mon budget.»

Pendant longtemps, une phrase comme celle-ci pouvait sonner comme un aveu.

Pas assez d’argent.

Pas assez de marge.

Pas assez de succès.

Le Loud Budgeting renverse la perspective.

Ne pas dépenser devient un choix que l’on peut assumer ouvertement. Non pas forcément parce qu’on ne peut pas se permettre une dépense, mais parce qu’elle ne correspond pas à ses priorités.

Le concept a été popularisé sur TikTok par le comédien Lukas Battle, qui l’a présenté fin 2023 comme l’antithèse du «Quiet Luxury».

D’un côté, afficher discrètement que l’on peut se permettre des choses très chères.

De l’autre, dire très clairement que l’on préfère garder son argent pour autre chose.

Le Loud Budgeting n’a évidemment inventé ni le budget ni l’épargne.

Sa nouveauté est ailleurs:

il rend socialement visible une décision financière qui était auparavant souvent gardée pour soi.

Et c’est précisément ce qui le rend intéressant.

En bref

  • Le Loud Budgeting consiste à communiquer ouvertement ses limites et priorités financières au lieu de chercher à suivre les dépenses de son entourage.

  • Le terme a été popularisé fin 2023 par le créateur américain Lukas Battle sur TikTok.

  • Le concept est particulièrement associé à la génération Z et aux réseaux sociaux, mais son principe peut s’appliquer à tous les âges.

  • Son intérêt principal n’est pas une nouvelle méthode de budget, mais la réduction de la pression sociale à consommer.

  • Le Loud Budgeting peut aider à lutter contre les achats impulsifs, la comparaison sociale et la FOMO.

  • Économiser n’est toutefois qu’une première étape. Pour construire un patrimoine, il faut ensuite donner une fonction à l’argent épargné.

  • Un plan d’épargne ou une stratégie d’investissement basée sur des objectifs peut transformer une intention financière en processus à long terme.

Qu’est-ce que le Loud Budgeting?

Le principe est presque désarmant de simplicité.

Vous avez un budget.

Vous avez des priorités.

Et vous ne faites pas semblant du contraire.

Un dîner coûteux entre amis ne correspond pas à votre budget du mois?

Vous le dites.

Vous préférez économiser pour un voyage plutôt que d’acheter un nouveau smartphone?

Vous l’assumez.

Vous pourriez vous offrir quelque chose, mais préférez investir cet argent?

Même logique.

Le Loud Budgeting ne signifie donc pas nécessairement:

«Je n’ai pas les moyens.»

Il peut tout aussi bien signifier:

«Ce n’est pas là que je veux mettre mon argent.»

Cette nuance change beaucoup de choses.

Car un budget n’est plus présenté comme une restriction imposée de l’extérieur.

Il devient l’expression de ses propres priorités.

Pourquoi parle-t-on de «Loud» Budgeting?

Parce que la budgétisation, traditionnellement, est plutôt silencieuse.

On sait combien on gagne.

On connaît plus ou moins ses dépenses.

On essaie d’épargner.

Et on évite généralement de communiquer son budget à table.

Le Loud Budgeting ajoute une dimension sociale.

Les décisions financières sont exprimées ouvertement.

Cela peut paraître anecdotique.

Mais dans un environnement où une partie importante de la consommation est sociale, cette communication peut avoir un effet réel.

Un week-end entre amis.

Un restaurant.

Un mariage à l’étranger.

Un abonnement.

Le dernier smartphone.

Une paire de chaussures.

Une dépense n’est pas toujours motivée uniquement par son utilité.

Parfois, on dépense aussi parce que les autres dépensent.

Et c’est là que le sujet devient intéressant du point de vue de la Behavioral Finance.

«Le loud budgeting est un nouveau concept que j'annonce pour 2024, c'est l'opposé du quiet luxury.»

Lukas Battle, comédien sur TikTok

Le vrai adversaire du Loud Budgeting: la pression sociale

Nous aimons penser que nos décisions financières sont rationnelles.

Nous comparons.

Nous réfléchissons.

Nous optimisons.

Puis quelqu’un commande une bouteille de vin à 120 francs et soudain tout le monde partage l’addition.

Les décisions financières sont aussi des décisions sociales.

Nous observons ce que font les autres et adaptons parfois notre comportement en conséquence.

Sur les réseaux sociaux, cet effet est encore amplifié.

Voyages.

Restaurants.

Mode.

Voitures.

Appartements.

La consommation des autres est devenue visible en permanence.

Le problème?

Nous voyons généralement la dépense.

Pas le compte bancaire qui se trouve derrière.

Le Loud Budgeting introduit une réponse assez saine à cette asymétrie.

Au lieu d’essayer de suivre une consommation visible dont on ignore les moyens financiers réels, on revient à sa propre situation.

Mon budget. Mes objectifs. Mes priorités.

Financièrement, ce n’est pas révolutionnaire.

Psychologiquement, cela peut l’être davantage.

Loud Budgeting et FOMO: même réseau social, logique opposée

Les réseaux sociaux peuvent pousser dans deux directions.

D’un côté, ils alimentent la FOMO, la peur de manquer quelque chose.

Tout le monde semble voyager.

Tout le monde possède le nouveau produit.

Tout le monde investit dans l’actif qui vient de monter de 80%.

Il devient alors tentant de suivre.

Le Loud Budgeting propose presque le réflexe inverse:

Ce n’est pas parce que les autres dépensent que je dois dépenser.

Cette idée est applicable bien au-delà du budget quotidien.

Elle vaut également pour l’investissement.

Ce n’est pas parce qu’une action, une cryptomonnaie ou une tendance financière fait beaucoup parler d’elle qu’elle correspond à votre stratégie.

Dans les deux cas, le principe est similaire:

Une bonne décision financière part de vos objectifs.

Pas du comportement des autres.

La Gen Z a-t-elle vraiment inventé une nouvelle manière d’épargner?

Pas exactement.

Faire un budget est ancien.

Épargner aussi.

Dire non à une dépense inutile n’a pas attendu TikTok.

Le mérite du Loud Budgeting est plutôt d’avoir donné un nom – et une dimension sociale – à un comportement financier assez classique.

Cela compte.

Les mots influencent parfois la manière dont nous percevons un comportement.

«Je dois économiser» sonne comme une contrainte.

«Je donne la priorité à un autre objectif» ressemble davantage à une décision.

Même situation financière.

Narratif différent.

C’est peut-être là que la génération Z apporte quelque chose d’intéressant.

Elle ne transforme pas l’épargne.

Elle transforme la manière d’en parler.

Épargner n’est pas se priver

C’est probablement l’idée la plus utile derrière le Loud Budgeting.

Un budget ne sert pas uniquement à dire non.

Il sert surtout à pouvoir dire oui aux choses qui comptent réellement.

Si vous renoncez à trois dépenses de 100 francs, vous n’avez pas simplement «économisé 300 francs».

Vous avez 300 francs disponibles pour autre chose.

Un voyage.

Une réserve d’urgence.

Une formation.

Un projet immobilier.

La prévoyance.

Ou un investissement à long terme.

L’épargne crée des options.

C’est pourquoi il peut être plus utile de commencer par un objectif que par une interdiction.

«Je ne vais plus au restaurant» est difficile à tenir.

«Je veux mettre 5000 francs de côté pour mon projet» donne une raison au même effort.

Le budget devient alors un outil.

Pas une punition.

Le piège: transformer l’épargne en performance sociale

Toute tendance financière issue des réseaux sociaux possède aussi son paradoxe.

Le Loud Budgeting critique la consommation destinée à impressionner les autres.

Mais il peut lui-même devenir une nouvelle manière de se comparer.

Qui dépense le moins?

Qui atteint le taux d’épargne le plus élevé?

Qui vit avec le budget le plus minimaliste?

On remplace alors une compétition par une autre.

Ce n’est pas vraiment le but.

Un bon budget n’est pas celui qui est le plus spectaculaire sur TikTok.

C’est celui qui correspond à votre revenu, vos obligations, vos objectifs et votre vie.

Pour une personne, dépenser 300 francs dans un restaurant peut être inutile.

Pour une autre, c’est précisément ce pour quoi elle souhaite économiser.

La finance personnelle reste personnelle.

Même lorsqu’elle devient «loud».

Loud Budgeting, frugalisme et FIRE: quelle différence?

Ces concepts se ressemblent, mais ils ne poursuivent pas exactement le même objectif.

Le frugalisme met généralement l’accent sur une consommation réduite et une utilisation efficace des ressources.

Le mouvement FIRE – «Financial Independence, Retire Early» – vise une indépendance financière précoce grâce notamment à un taux d’épargne très élevé et à l’investissement.

Le Loud Budgeting est beaucoup moins ambitieux.

Il ne prescrit pas nécessairement un mode de vie.

Il dit surtout:

Soyez clair sur vos priorités financières et n’ayez pas peur de les communiquer.

On peut pratiquer le Loud Budgeting sans vouloir prendre sa retraite à 40 ans.

Et sans compter chaque café.

Heureusement.

De l’épargne à l’investissement

C’est ici que le Loud Budgeting atteint sa limite.

Dire non à une dépense permet d’économiser de l’argent.

Mais l’argent économisé ne construit pas automatiquement un patrimoine.

Il faut décider de ce qu’il devient.

Pour les dépenses prévues à court terme ou une réserve de sécurité, des liquidités peuvent être parfaitement appropriées.

Pour des objectifs à long terme, la question de l’investissement se pose.

Un plan d’épargne permet par exemple d’investir régulièrement un montant défini dans un portefeuille diversifié.

L’intérêt est moins spectaculaire qu’un hashtag.

Mais financièrement, il peut être beaucoup plus important.

Le montant est investi automatiquement.

Mois après mois.

Sans devoir reprendre la même décision à chaque fois.

Le Loud Budgeting peut donc aider à créer la marge financière.

Le plan d’épargne peut lui donner une direction.

Donner un objectif à son argent

Une autre approche consiste à relier directement l’épargne et l’investissement à des objectifs concrets.

C’est le principe du Goal-based Investing.

Au lieu de poser la question abstraite:

«Combien dois-je investir?»

On commence par:

«Qu’est-ce que je veux financer?»

Un apport pour un logement.

Une année sabbatique.

La création d’une entreprise.

La retraite.

Un patrimoine pour un enfant.

Chaque objectif possède un horizon différent.

Et l’horizon influence notamment le niveau de risque qu’il est raisonnable de prendre.

L’avantage psychologique est important.

Investir 500 francs par mois «parce qu’il faut investir» peut sembler abstrait.

Investir 500 francs par mois pour un objectif précis donne une fonction à cet argent.

Et un budget devient beaucoup plus facile à respecter lorsqu’on sait pourquoi il existe.

Parler d’argent peut améliorer la Financial Literacy

Le Loud Budgeting a encore un mérite.

Il normalise les conversations sur l’argent.

Or parler de finances permet aussi d’apprendre.

Qu’est-ce qu’un bon budget?

Combien faut-il garder en réserve?

Quelle différence entre épargner et investir?

Pourquoi les marchés fluctuent-ils?

Quel rôle jouent les frais?

Que signifie réellement prendre du risque?

Toutes ces questions font partie de la Financial Literacy, c’est-à-dire la capacité à comprendre les concepts financiers et à prendre des décisions informées.

À condition, évidemment, de ne pas confondre visibilité et expertise.

Une vidéo avec deux millions de vues reste une vidéo avec deux millions de vues.

Pas automatiquement un bon conseil financier.

FinTok peut donner des idées.

La stratégie mérite un peu plus de rigueur.

Comment utiliser le Loud Budgeting intelligemment?

Le concept devient utile lorsqu’il ne reste pas un slogan.

Commencez par définir ce qui compte réellement pour vous.

Ensuite, déterminez combien vous souhaitez consacrer à vos dépenses courantes, à votre réserve, à vos projets et à vos objectifs à long terme.

Automatisez autant que possible.

Un ordre permanent vers un compte d’épargne ou un plan d’épargne réduit le nombre de décisions à prendre.

Et lorsque vous refusez une dépense, donnez si possible une destination à l’argent économisé.

Sinon, les 100 francs «économisés» au restaurant risquent simplement de devenir 100 francs dépensés ailleurs trois jours plus tard.

Le Loud Budgeting devient réellement intéressant lorsqu’il ne se limite pas à:

«Je ne dépense pas.»

Mais évolue vers:

«Je sais ce que je veux faire de cet argent.»

Loud Budgeting chez Descartes: moins de bruit, plus de système

Chez Descartes, nous aimons l’idée de rendre les décisions financières conscientes.

Mais pour construire un patrimoine à long terme, une bonne intention ne suffit pas.

Il faut un système.

Définir ses objectifs.

Conserver suffisamment de liquidités.

Investir l’argent destiné au long terme selon une stratégie adaptée.

Diversifier.

Maîtriser les frais.

Et rester investi lorsque les marchés deviennent moins agréables à regarder.

Le Loud Budgeting peut être le point de départ.

«Je préfère ne pas dépenser ces 200 francs.»

Très bien.

La question suivante est plus intéressante:

Que vont faire ces 200 francs maintenant?

Avec Descartes Invest, il est possible d’investir régulièrement dans un portefeuille diversifié et adapté à son profil de risque.

Moins viral qu’une tendance TikTok.

Mais conçu pour durer plus longtemps.

Conclusion: le budget n’est pas une excuse. C’est une priorité.

Le Loud Budgeting n’a pas réinventé la finance personnelle.

Il a fait quelque chose de plus subtil.

Il a changé le langage.

Dire «ce n’est pas dans mon budget» n’est plus nécessairement synonyme de manque.

Cela peut simplement signifier:

J’ai décidé que mon argent avait une meilleure destination.

Cette attitude peut aider à réduire la pression sociale, limiter certaines dépenses impulsives et rendre les objectifs financiers plus visibles.

Mais le véritable progrès commence après.

Épargner crée une marge de manoeuvre.

Investir à long terme peut transformer cette marge en patrimoine.

Le plus important n’est donc peut-être pas de parler fort de son budget.

C’est de savoir clairement pourquoi on en a un.

Questions fréquentes sur le Loud Budgeting

Qu’est-ce que le Loud Budgeting?

Le Loud Budgeting consiste à parler ouvertement de son budget, de ses limites et de ses priorités financières. Au lieu de dépenser pour suivre son entourage, on communique clairement qu’une dépense ne correspond pas à ses objectifs.

Qui a inventé le terme Loud Budgeting?

Le terme a été popularisé fin 2023 par le créateur américain Lukas Battle sur TikTok, qui l’a présenté comme l’opposé du «Quiet Luxury».

Le Loud Budgeting signifie-t-il vivre de manière frugale?

Pas nécessairement. Il ne s’agit pas de dépenser le moins possible, mais de décider consciemment quelles dépenses correspondent à ses priorités. Une personne peut pratiquer le Loud Budgeting tout en dépensant beaucoup pour les choses qui comptent réellement pour elle.

Pourquoi le Loud Budgeting est-il associé à la génération Z?

Le concept s’est notamment diffusé sur TikTok et d’autres réseaux sociaux très utilisés par les jeunes adultes. Il correspond aussi à une volonté de parler plus ouvertement de budget, d’épargne et de pression financière.

Le Loud Budgeting peut-il aider à éviter la FOMO?

Il peut aider à prendre de la distance par rapport à la pression sociale à consommer. La FOMO peut pousser à suivre le comportement des autres, alors que le Loud Budgeting ramène la décision à ses propres objectifs et moyens financiers.

Que faire de l’argent économisé grâce au Loud Budgeting?

Cela dépend de l’objectif et de l’horizon. L’argent destiné à une réserve ou à des dépenses proches peut rester liquide. Pour des objectifs à long terme, un plan d’épargne et un portefeuille diversifié peuvent être envisagés en fonction de la capacité et de la propension à prendre des risques.

Quelle est la différence entre épargner et investir?

Épargner consiste généralement à mettre de l’argent de côté avec un risque limité et une forte disponibilité. Investir signifie accepter des fluctuations et un risque de perte afin de rechercher un rendement potentiel supérieur sur un horizon plus long.

TikTok et FinTok sont-ils de bonnes sources d’éducation financière?

Ils peuvent permettre de découvrir des concepts et d’ouvrir la discussion. Mais la popularité d’un contenu ne garantit ni son exactitude ni son adéquation à une situation individuelle. Une bonne Financial Literacy implique notamment de vérifier les informations et de distinguer contenu éducatif et conseil financier.

Disclaimer: ce Blog est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue ni un conseil en placement, ni un conseil financier, juridique ou fiscal. Les placements en titres comportent des risques et peuvent perdre de la valeur. Les performances passées ne garantissent pas les performances futures. La stratégie financière et de placement appropriée dépend notamment de la situation personnelle, des objectifs, de l’horizon de placement ainsi que de la capacité et de la propension à prendre des risques.