Planifier sa retraite avec la règle des 4%
Vous avez passé des décennies à épargner.
Puis arrive la retraite et, soudain, il faut commencer à dépenser ce capital.
Cela paraît simple.
Ça ne l’est pas vraiment.
Pendant la vie active, la question est généralement:
Combien puis-je épargner?
À la retraite, elle devient:
Combien puis-je dépenser sans risquer de manquer d’argent plus tard?
C’est précisément à cette question que tente de répondre la règle des 4%.
Elle transforme un patrimoine abstrait en un montant annuel de retrait.
Elle ne garantit rien.
Mais elle fournit un point de départ utile.
En bref
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La règle des 4% consiste à retirer 4 pour cent du patrimoine investi au cours de la première année de retraite, puis à adapter en principe ce montant initial à l’inflation.
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Avec 1 000 000 de francs investis, 4 pour cent correspondent à un retrait initial de 40 000 francs par an.
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La règle repose sur des données historiques des marchés américains. Elle constitue donc un repère, pas une garantie pour une retraite en Suisse.
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Le rendement moyen ne suffit pas. De mauvaises années boursières juste après le départ à la retraite peuvent peser particulièrement lourd sur le patrimoine.
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L’AVS, la rente de la caisse de pension et les autres revenus prévisibles réduisent le montant qui doit être financé par le patrimoine.
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Des retraits flexibles peuvent être plus robustes qu’une règle rigide appliquée indépendamment de l’évolution du portefeuille.
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La retraite ne signifie pas la fin de l’investissement. À 65 ans, une partie du patrimoine peut encore avoir un horizon d’investissement de 15 ou 20 ans.
Comment fonctionne la règle des 4%?
Le principe est simple.
Au cours de la première année de retraite, vous retirez 4 pour cent du patrimoine investi destiné à financer vos dépenses.
Les années suivantes, vous ne recalculez pas systématiquement 4 pour cent de la valeur actuelle du portefeuille.
Vous adaptez en principe le montant initial à l’inflation.
Prenons un exemple.
Vous commencez avec 1 000 000 de francs.
La première année, vous retirez 40 000 francs.
Si l’inflation atteint ensuite 2 pour cent, le retrait passe à 40 800 francs la deuxième année.
Avec à nouveau 2 pour cent d’inflation, il atteint 41 616 francs la troisième année.
L’idée est assez logique.
Votre niveau de vie ne devrait pas dépendre chaque année de l’humeur de la Bourse.
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Patrimoine investi |
Retrait initial à 4% |
|---|---|
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500 000 francs |
20 000 francs |
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750 000 francs |
30 000 francs |
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1 000 000 francs |
40 000 francs |
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1 500 000 francs |
60 000 francs |
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2 000 000 francs |
80 000 francs |
Ce tableau n’est toutefois pas une recommandation.
C’est un calcul.
Savoir si un retrait de 4 pour cent est durable dans votre situation est une autre question.
Pourquoi précisément 4 pour cent?
La règle des 4% trouve son origine dans des analyses historiques des marchés financiers américains.
En 1994, le conseiller financier américain William Bengen a étudié quelles stratégies de retrait auraient résisté à différentes périodes historiques sur un horizon de retraite prolongé.
La Trinity Study a ensuite approfondi cette approche en comparant différents taux de retrait, allocations en actions et horizons.
Les 4 pour cent se sont progressivement imposés comme une règle empirique connue pour un horizon d’environ 30 ans.
Mais un mot est essentiel. Historique.
Les marchés financiers ne vous envoient pas une lettre à 65 ans pour vous promettre qu’ils reproduiront leurs comportements passés pendant les trois décennies suivantes.
La règle des 4% n’est donc pas une loi naturelle.
C’est une règle empirique.
Utile, tant qu’on ne la confond pas avec une garantie.
1 million de francs ne signifie pas automatiquement 40 000 francs de revenu sans souci
Imaginons que vous preniez votre retraite avec 1 million de francs investis.
Selon la règle classique, vous commencez par retirer 40 000 francs par an.
À cela peuvent s’ajouter l’AVS et une rente de la caisse de pension.
Sur le papier, le calcul paraît confortable.
Dans la réalité, la durabilité de ces retraits dépend notamment de votre stratégie de placement, des frais, de l’inflation, des impôts, de votre longévité et de l’évolution des marchés financiers.
Et d’un facteur souvent sous-estimé.
L’ordre des rendements.
Pourquoi l’ordre des années boursières est-il si important?
Prenons deux personnes qui partent à la retraite avec le même patrimoine.
Sur une longue période, leurs portefeuilles obtiennent le même rendement moyen.
La première connaît de bonnes années au début et de mauvaises années plus tard.
La seconde connaît une forte baisse des marchés immédiatement après son départ à la retraite.
La moyenne peut être identique.
Le résultat final ne l’est pas forcément.
Pourquoi?
Parce que la deuxième personne doit continuer à financer ses dépenses alors que son portefeuille a déjà perdu de la valeur. Elle doit donc vendre davantage de parts à des cours plus bas.
Ce capital ne participera plus à une éventuelle reprise.
C’est ce que l’on appelle le risque de séquence des rendements.
Les premières années de la retraite peuvent donc avoir une influence disproportionnée sur la durée de vie du patrimoine.
Le rendement moyen ne raconte que la moitié de l’histoire.
L’ordre des rendements écrit l’autre.
De quel patrimoine avez-vous besoin pour votre retraite?
La règle des 4% peut également être utilisée à l’envers.
Supposons que vous souhaitiez disposer de 8 000 francs par mois à la retraite.
L’AVS et la caisse de pension couvrent ensemble 5 000 francs.
Il reste donc 3 000 francs par mois, soit 36 000 francs par an, à financer par le patrimoine.
Avec un taux de retrait initial de 4 pour cent:
36 000 francs ÷ 4% = 900 000 francs
Avec un taux de 3 pour cent:
36 000 francs ÷ 3% = 1 200 000 francs
Une seule hypothèse modifie donc le besoin de capital de 300 000 francs.
La bonne question n’est dès lors pas:
«La règle des 4% fonctionne-t-elle?»
Mais:
«Quelle stratégie de retrait correspond à ma situation?»
Commencez par l’AVS et la caisse de pension
En Suisse, la planification des retraits ne commence pas par le portefeuille de titres.
Elle commence par les revenus prévisibles.
Il s’agit notamment de l’AVS et d’une éventuelle rente de la caisse de pension. D’autres revenus réguliers peuvent également s’y ajouter.
Ce n’est qu’ensuite qu’il faut déterminer quelle partie des dépenses doit être financée par le patrimoine.
Cette distinction est essentielle.
Si vous avez besoin de 8 000 francs par mois, vous ne devez pas nécessairement retirer 8 000 francs de votre portefeuille.
Si l’AVS et la caisse de pension couvrent déjà 5 000 francs, le patrimoine doit uniquement financer la différence.
La question «De quel patrimoine ai-je besoin?» commence donc par une autre:
«Quel revenu me manque-t-il chaque année?»
Et le pilier 3a et le libre passage?
Les avoirs de prévoyance ne disparaissent pas de la planification financière lorsqu’ils sont retirés.
Une nouvelle question apparaît simplement.
Que faire du capital?
Une personne qui en aura besoin prochainement devrait investir différemment d’une personne disposant encore d’un horizon d’investissement de 15 ou 20 ans.
Les avoirs importants du pilier 3a ou du libre passage ne devraient donc pas être restructurés pour la première fois le jour du départ à la retraite.
La fiscalité joue également un rôle.
Caisse de pension, pilier 3a et libre passage peuvent entraîner plusieurs versements importants autour de la retraite. Leur calendrier et la manière dont différents retraits se cumulent fiscalement doivent être intégrés à la planification.
Votre argent ne doit pas arrêter de travailler à 65 ans
Une erreur fréquente consiste à traiter l’ensemble du patrimoine comme s’il devait être dépensé demain.
C’est rarement le cas.
Une partie sera peut-être nécessaire au cours des douze prochains mois.
Une autre dans cinq ans.
Et une autre seulement à 80 ou 85 ans.
Ces différents horizons peuvent être intégrés à la gestion du patrimoine.
Une partie sert de réserve de liquidités pour les dépenses à court terme.
Une autre peut être structurée pour financer les retraits à moyen terme avec moins de fluctuations.
Et le capital qui ne sera utilisé que beaucoup plus tard peut rester investi plus longtemps.
L’idée centrale est simple: Même à 65 ans, une partie de votre patrimoine peut encore avoir un horizon d’investissement de 20 ans.
Votre carrière professionnelle s’arrête à la retraite.
Votre horizon d’investissement, pas forcément.
Une règle rigide pour une vie qui ne l’est pas?
C’est l’une des principales faiblesses de la règle classique des 4%.
La vie n’est pas linéaire.
Vous voyagerez peut-être davantage pendant les premières années de retraite.
Ces dépenses pourront ensuite diminuer.
À l’inverse, les frais de santé ou de soins peuvent augmenter.
Vous vendrez peut-être un bien immobilier, recevrez un héritage ou aiderez financièrement vos enfants.
Les marchés financiers ne produisent pas non plus le même rendement chaque année.
Pourquoi vos retraits devraient-ils suivre un mécanisme parfaitement rigide?
Une alternative consiste à utiliser des retraits dynamiques.
Des limites sont alors définies à l’avance. Si le portefeuille évolue favorablement, davantage de marge de manoeuvre apparaît. Si le patrimoine baisse fortement, les retraits peuvent être temporairement réduits.
C’est moins élégant qu’un chiffre magique.
Mais cela ressemble davantage à la vraie vie.
Pour aller plus loin, consultez notre Blog «Plan de prélèvement: l’alternative flexible à la rente viagère».
Dépenser son patrimoine est aussi une question psychologique
Pendant des décennies, le message financier est toujours le même.
Épargner.
Investir.
Constituer un patrimoine.
Puis arrive la retraite.
Et soudain, il faut faire exactement l’inverse.
Utiliser ce patrimoine.
Ce changement est plus difficile qu’il n’y paraît.
Même des personnes disposant d’un capital important peuvent craindre de trop dépenser et de manquer d’argent plus tard.
Le problème n’est donc pas uniquement mathématique.
Il est également psychologique.
Une bonne planification financière ne devrait pas vous obliger à vérifier votre portefeuille chaque matin.
Elle devrait précisément vous permettre de ne pas le faire.
La règle des 4% est un point de départ. Pas un pilote automatique.
La grande force de la règle des 4% est sa simplicité.
1 million de francs de patrimoine paraît impressionnant.
40 000 francs de retrait annuel donnent une idée beaucoup plus concrète du niveau de vie que ce patrimoine peut financer.
Sa faiblesse est exactement la même.
Sa simplicité.
Une retraite réelle comprend l’AVS, la caisse de pension, le pilier 3a, le libre passage, les impôts, l’inflation, les crises boursières, l’immobilier, la longévité, les héritages et, de temps en temps, l’envie parfaitement légitime de profiter de son argent.
La règle des 4% constitue donc un bon premier repère.
Pas davantage.
Testez plusieurs scénarios. Tenez compte de vos revenus prévisibles. Analysez la réaction du portefeuille à de mauvaises années boursières. Et définissez avant la retraite dans quelles situations les retraits pourraient être augmentés ou réduits.
Une bonne stratégie de retrait ne répond pas uniquement à la question:
«Mon argent va-t-il suffire?»
Elle répond aussi à une question nettement plus agréable:
«Combien puis-je dépenser sereinement?»
Pour une approche qui combine stratégie de placement et retraits, découvrez Descartes Invest.
Questions fréquentes sur la règle des 4%
Comment fonctionne la règle des 4%?
La première année de retraite, 4 pour cent du patrimoine investi destiné aux retraits sont prélevés. Les années suivantes, le montant initial en francs est en principe adapté à l’inflation. Il ne s’agit donc pas de recalculer chaque année 4 pour cent de la valeur actuelle du portefeuille.
De quel patrimoine ai-je besoin avec la règle des 4%?
Une estimation simple consiste à diviser le montant annuel devant être financé par le patrimoine par 4 pour cent. Pour 40 000 francs par an, cela donne 1 million de francs. L’AVS, la rente de la caisse de pension et les autres revenus prévisibles réduisent le montant devant être financé par le portefeuille.
La règle des 4% fonctionne-t-elle en Suisse?
Elle peut servir de première orientation, mais pas de règle rigide. Les recherches qui la sous-tendent reposent sur des données historiques américaines. Une planification suisse doit également tenir compte de l’AVS, de la caisse de pension, du pilier 3a, du libre passage, des impôts, des frais et de la situation personnelle.
Quelle est la différence entre la règle des 3% et celle des 4%?
Un taux de retrait initial de 3 pour cent est plus prudent et exige davantage de capital pour financer le même revenu. Pour 40 000 francs par an, 4 pour cent correspondent à un capital de 1 million de francs. Avec 3 pour cent, il faut environ 1,33 million de francs.
Que se passe-t-il en cas de krach juste après le départ à la retraite?
Une forte baisse au début de la retraite peut être particulièrement problématique. Si des titres doivent être vendus pendant cette période pour financer les dépenses, ce capital ne pourra plus participer à une éventuelle reprise. C’est le risque de séquence des rendements.
Faut-il placer tout son patrimoine de manière défensive à la retraite?
Pas nécessairement. Tout dépend du moment auquel chaque partie du patrimoine sera utilisée et du niveau de risque financièrement et personnellement supportable. Le capital nécessaire l’année prochaine n’a pas le même horizon que celui qui ne sera peut-être utilisé que dans 15 ou 20 ans.
Une stratégie de retrait dynamique est-elle préférable?
Pas systématiquement. Elle offre toutefois davantage de flexibilité. Les retraits peuvent être ajustés dans des limites définies en fonction de l’évolution du patrimoine. Cela permet de réduire temporairement les prélèvements après de mauvaises années et de disposer de davantage de marge après de bonnes périodes.
Disclaimer: ce Blog est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue ni un conseil en placement ni une recommandation d’achat ou de vente d’instruments financiers. Les calculs et taux de retrait présentés sont des exemples simplifiés et ne constituent ni des prévisions ni des garanties. Tout placement comporte des risques. La valeur des placements peut augmenter comme diminuer. Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des résultats futurs.