Alpha en investissement: quelles stratégies permettent de battre le marché?

En finance, l’alpha désigne la surperformance d’un portefeuille par rapport à un benchmark. Idéalement, cette performance supplémentaire ne devrait pas simplement résulter d’une prise de risque plus importante, mais d’une meilleure stratégie, d’une sélection judicieuse des placements ou d’un bon timing.

Générer de l’alpha est l’objectif de nombreux investisseurs qui ne souhaitent pas se contenter du rendement moyen du marché, autrement dit du Beta.

Nous avons analysé six stratégies utilisées dans la recherche d’alpha et évalué leur potentiel ainsi que leurs limites.

1. Strategic Asset Allocation (SAA)

La Strategic Asset Allocation, ou allocation stratégique d’actifs, constitue la base d’un portefeuille. Elle définit la répartition à long terme entre différentes classes d’actifs telles que les actions, les obligations, les matières premières et les liquidités.

Elle repose sur une structure de portefeuille à long terme plutôt que sur des ajustements tactiques à court terme. L’allocation stratégique joue ainsi un rôle central dans le niveau de risque et le rendement attendu d’un portefeuille.

Potentiel d’alpha: faible.

La SAA génère principalement du Beta, c’est-à-dire une exposition aux rendements du marché. Les travaux de Brinson, Hood et Beebower (1986) montrent que l’allocation d’actifs explique une part très importante de la variation des rendements d’un portefeuille dans le temps.

Cette observation est parfois résumée par l’affirmation selon laquelle environ 90 pour cent de la performance dépendrait de l’allocation d’actifs. Cette interprétation est trop simplificatrice: l’étude ne signifie pas que 90 pour cent de la différence de performance entre deux investisseurs soit automatiquement déterminée par leur allocation.

La distinction est importante, car une allocation stratégique efficace ne constitue pas nécessairement une source d’alpha.

Il est néanmoins intéressant de constater que, selon une enquête de Vanguard auprès de gestionnaires de fortune suisses, 81 pour cent d’entre eux considèrent l’allocation stratégique d’actifs comme une source importante d’alpha.

Conclusion: la SAA est essentielle pour structurer le portefeuille et gérer le risque. Les professionnels lui accordent une grande importance, même si elle est théoriquement davantage associée au Beta qu’à la génération active d’alpha.

2. Rebalancing

Le rebalancing, ou rééquilibrage, consiste à ramener régulièrement le portefeuille vers son allocation cible initiale.

Si la part des actions augmente fortement après une hausse des marchés, une partie des actions peut par exemple être vendue afin de renforcer les obligations ou d’autres classes d’actifs devenues sous-pondérées.

Cette discipline permet de maintenir la structure de risque prévue et évite qu’une classe d’actifs ayant fortement progressé prenne progressivement une place disproportionnée dans le portefeuille.

Potentiel d’alpha: légèrement positif dans certaines configurations de marché.

Dans des marchés volatils, le rebalancing peut parfois apporter un avantage de performance grâce à son mécanisme anticyclique. Il ne faut toutefois pas considérer cet effet comme une source d’alpha systématique ou garantie.

Conclusion: le rebalancing ne génère pas automatiquement de l’alpha actif, mais il stabilise la structure de risque du portefeuille. Dans l’enquête de Vanguard, 40 pour cent des gestionnaires de fortune suisses le considèrent comme une composante pertinente dans la recherche d’alpha.

3. Market Timing

Le market timing consiste à entrer ou sortir du marché de manière ciblée sur la base d’analyses macroéconomiques, techniques ou liées au sentiment des investisseurs.

Le principe semble simple: réduire son exposition avant une baisse et la renforcer avant une hausse.

En pratique, l’exercice est extrêmement difficile.

Pour réussir durablement, il ne suffit généralement pas de savoir quand sortir du marché. Il faut également savoir quand y revenir. Une mauvaise décision à l’un de ces deux moments peut annuler une grande partie du bénéfice recherché.

Potentiel d’alpha: élevé en théorie, mais difficile à réaliser durablement.

Les analyses de Vanguard montrent que très peu d’investisseurs parviennent à pratiquer le market timing avec succès sur de longues périodes. Une stratégie de timing mal exécutée peut au contraire entraîner une sous-performance.

Conclusion: celui qui anticipe correctement les mouvements du marché peut obtenir une performance supérieure. Mais réussir de manière répétée est beaucoup plus difficile. Selon l’enquête de Vanguard, 30 pour cent des gestionnaires de fortune suisses utilisent le market timing dans leur recherche d’alpha.

4. Fonds thématiques

Les fonds thématiques investissent dans des tendances spécifiques telles que la numérisation, le changement climatique, l’intelligence artificielle ou la santé.

L’idée est séduisante: identifier suffisamment tôt une tendance structurelle et investir dans les entreprises susceptibles d’en bénéficier.

Mais une tendance économique prometteuse n’est pas automatiquement un bon investissement.

Lorsque le potentiel d’un thème est déjà largement reconnu, les attentes peuvent être intégrées dans les cours. Un secteur peut alors connaître une forte croissance sans que les investisseurs obtiennent nécessairement une surperformance.

Les fonds thématiques peuvent également être moins diversifiés qu’un portefeuille couvrant largement le marché.

Potentiel d’alpha: moyen.

Une sélection précoce de tendances porteuses peut générer une performance supérieure. Mais le prix payé, les frais, la concentration du portefeuille et le moment d’entrée jouent un rôle déterminant.

Conclusion: bien sélectionnés et achetés au bon moment, les fonds thématiques peuvent contribuer à générer de l’alpha. Le timing et la valorisation restent toutefois essentiels. Ils sont particulièrement appréciés des petits gestionnaires de fortune suisses disposant de moins de 200 millions d’actifs sous gestion: 51 pour cent d’entre eux les utilisent selon l’enquête de Vanguard.

5. Stock-Picking

Le Stock-Picking consiste à sélectionner des actions individuelles considérées comme sous-évaluées ou présentant un potentiel de croissance particulièrement intéressant.

Il s’agit probablement de la forme la plus classique de recherche active d’alpha.

Selon l’enquête de Vanguard, environ 52 pour cent des gestionnaires de fortune suisses considèrent la sélection de titres comme une possibilité de générer de l’alpha.

Potentiel d’alpha: élevé en théorie.

Un Stock-Picking réussi peut produire une surperformance importante. Mais la difficulté réside dans la capacité à identifier durablement les entreprises dont les perspectives sont mieux évaluées par l’investisseur que par l’ensemble du marché.

La concurrence est considérable: analystes, gestionnaires institutionnels, investisseurs professionnels et modèles quantitatifs analysent en permanence les mêmes entreprises et les mêmes informations.

Conclusion: le Stock-Picking peut générer de l’alpha, mais il exige des compétences d’analyse, de la patience et de la discipline. Pour de nombreux investisseurs privés, obtenir une surperformance durable de cette manière reste difficile.

Sources: Fama & French (1992), Greenblatt (2006), Asness et al. (2013).

6. Hedging

Le Hedging, ou couverture, consiste à réduire certains risques au moyen de positions ou d’instruments de couverture, par exemple des options de vente.

L’objectif premier du hedging n’est pas nécessairement de battre le marché, mais de limiter l’impact de certains scénarios défavorables sur le portefeuille.

Une couverture efficace peut réduire les pertes lors de fortes corrections. Mais cette protection a un prix: primes d’options, frais de transaction ou rendement auquel l’investisseur renonce lorsque le scénario couvert ne se réalise pas.

Potentiel d’alpha: dépend fortement de la situation et de la stratégie.

Une couverture bien utilisée peut améliorer le comportement du portefeuille pendant certaines phases de stress. Mais réduire les pertes n’est pas automatiquement synonyme de génération d’alpha.

Conclusion: le hedging n’est pas une source permanente d’alpha, mais peut constituer un outil utile de gestion du risque. Avec 22 pour cent, il s’agit de l’approche la moins souvent citée comme source d’alpha par les gestionnaires de fortune suisses interrogés.

Exemple pratique: un portefeuille orienté vers l’alpha

Comment combiner une base largement diversifiée avec des stratégies visant à générer de l’alpha?

Voici un exemple de structure core-satellite. Il sert uniquement à illustrer le concept et ne constitue pas une recommandation de placement.

Portefeuille de base, ou core (70%):

  • 30% MSCI World ETF

  • 20% Emerging Markets ETF

  • 10% or ou matières premières

  • 10% obligations à court terme

Satellites orientés vers l’alpha (30%):

  • 12% Stock-Picking, par exemple 6 à 10 actions individuelles

  • 8% fonds thématiques, par exemple Clean Energy, AI ou Healthcare

  • 5% liquidités tactiques pour des investissements anticycliques

  • 3% instruments de couverture, par exemple options de vente

  • 2% réservés à des ajustements tactiques dans le cadre du rebalancing

Cette répartition illustre comment des composantes principalement orientées vers le Beta peuvent être combinées avec des satellites cherchant à générer de l’alpha.

Elle ne signifie toutefois pas qu’une répartition 70/30 soit adaptée à tous les investisseurs. La structure appropriée dépend notamment de l’horizon de placement, des objectifs, de la capacité de risque et de la tolérance au risque.

Comparaison du potentiel d’alpha des différentes stratégies

Stratégie

Potentiel d’alpha

Difficulté

Remarque

Strategic Asset Allocation

Faible

Faible

Importante pour la structure du portefeuille, mais pas une source active classique d’alpha

Rebalancing

Faible à moyen

Faible

Stabilise la structure et peut apporter un avantage dans certaines conditions de marché

Market Timing

Élevé en théorie

Élevée

Très difficile à mettre en œuvre durablement

Fonds thématiques

Moyen

Moyenne

Le timing, la valorisation et la sélection du thème sont déterminants

Stock-Picking

Élevé en théorie

Élevée

Stratégie classique d’alpha qui exige beaucoup de savoir-faire

Hedging

Dépend de la situation

Moyenne à élevée

Peut protéger pendant les crises, mais la couverture a un coût

Après avoir examiné ces différentes stratégies, une question centrale se pose: un investisseur privé doit-il vraiment chercher à générer de l’alpha? Ou une approche passive est-elle souvent plus adaptée à long terme?

Actif ou passif: quelle approche pour quel investisseur?

Une stratégie active cherche à battre un benchmark. Une stratégie passive vise principalement à capter la performance du marché de manière diversifiée et à coûts maîtrisés.

Les deux approches présentent des caractéristiques différentes.

Critère

Stratégie active, par exemple Stock-Picking

Stratégie passive

Objectif

Surperformance, alpha

Rendement du marché, Beta

Temps et travail nécessaires

Élevés

Faibles

Coûts

Généralement plus élevés

Généralement plus faibles

Nombre de décisions

Élevé

Plus faible

Risque de sous-performance relative

Élevé

Principalement lié à l’indice et aux coûts

Connaissances nécessaires

Importantes

Plus limitées pour une stratégie largement diversifiée

Une stratégie passive n’est toutefois pas synonyme de faible risque. Un portefeuille passif investi principalement en actions peut lui aussi subir d’importantes pertes lorsque les marchés baissent.

«Passif» décrit la méthode d’investissement, pas le niveau de risque.

Pour approfondir le sujet, consultez notre comparaison entre investissement actif et investissement passif.

Le choix dépend également de la stratégie globale du portefeuille. Nous expliquons les principales approches dans notre article Quelle stratégie de placement choisir?.

Conclusion: l’alpha n’est peut-être pas l’objectif le plus important

Générer de l’alpha est séduisant. Qui ne souhaiterait pas obtenir un meilleur rendement que le marché?

Mais une surperformance durable est difficile à obtenir. Le market timing exige de prendre les bonnes décisions au bon moment, le Stock-Picking nécessite une analyse approfondie et les fonds thématiques peuvent décevoir lorsque les attentes sont déjà intégrées dans les cours. Quant au Hedging, il sert avant tout à gérer les risques plutôt qu’à générer systématiquement de l’alpha.

Pour de nombreux investisseurs privés, d’autres facteurs sont donc plus importants que la recherche permanente de surperformance: une allocation d’actifs adaptée, une large diversification, des coûts maîtrisés et une stratégie qu’ils sont capables de maintenir même lorsque les marchés traversent des périodes difficiles.

L’objectif ne devrait pas nécessairement être de battre le marché chaque année. Il s’agit plutôt de construire un portefeuille qui correspond à ses objectifs, à son horizon de placement et à sa capacité de risque.

Car en matière d’investissement, une stratégie que l’on peut suivre durablement vaut souvent davantage qu’une stratégie qui promet beaucoup d’alpha sur le papier.

FAQ: questions fréquentes sur l’alpha en investissement

Que signifie l’alpha en investissement?

L’alpha désigne, de manière simplifiée, la performance qu’une stratégie de placement réalise au-delà du rendement attendu compte tenu des risques de marché auxquels elle est exposée.

Un alpha positif correspond à une surperformance ajustée au risque. Un alpha négatif indique au contraire une sous-performance.

Quelle est la différence entre alpha et beta?

Le Beta mesure la sensibilité d’un investissement aux mouvements du marché, autrement dit son exposition au risque systématique du marché. L’alpha cherche à mesurer la part de performance qui n’est pas expliquée par cette exposition.

En simplifiant: le Beta représente l’exposition au marché. L’alpha correspond à ce qui va au-delà.

Quelle stratégie offre le plus grand potentiel d’alpha?

Le Stock-Picking et le Market Timing peuvent théoriquement offrir un potentiel d’alpha élevé. Mais ils font également partie des stratégies les plus difficiles à mettre en œuvre durablement.

Un potentiel d’alpha élevé ne signifie donc pas que la probabilité de générer effectivement de l’alpha soit élevée.

Le rebalancing peut-il générer de l’alpha?

Le rebalancing sert principalement à gérer le risque et à ramener un portefeuille vers son allocation cible. Dans certaines conditions de marché, il peut produire un effet positif sur la performance.

Cet effet n’est toutefois pas garanti et ne doit pas être systématiquement assimilé à de l’alpha.

Les investisseurs privés peuvent-ils générer de l’alpha?

Oui, c’est possible en principe. Mais battre durablement un benchmark approprié après déduction des frais reste difficile.

Cela nécessite non seulement une bonne stratégie, mais aussi de la discipline, du temps et, souvent, des connaissances spécialisées.

L’investissement passif est-il meilleur que l’investissement actif?

Pas nécessairement. Les deux approches poursuivent des objectifs différents.

Pour de nombreux investisseurs orientés vers le long terme, l’investissement passif présente néanmoins plusieurs avantages: des coûts généralement faibles, une large diversification, peu de temps à consacrer au suivi et moins de décisions de placement à prendre régulièrement.

Pour en savoir plus, consultez notre article Investir activement ou passivement: quelle stratégie choisir?.

Littérature

  • Brinson, Hood & Beebower (1986): Determinants of Portfolio Performance

  • Fama & French (1992): The Cross-Section of Expected Stock Returns

  • Greenblatt (2006): The Little Book That Beats the Market

  • Asness et al. (2013): Value and Momentum Everywhere

  • Vanguard (2010): Market Timing: When Active Management Hurts Performance

  • Arnott et al. (2013): The Rebalancing Bonus

  • Vanguard Suisse (2024): Insights from Swiss Wealth Managers on Alpha Strategies

Disclaimer: Cet article est fourni à titre d’information générale uniquement. Il ne constitue ni un conseil en placement, ni un conseil fiscal ou juridique, ni une recommandation d’acheter, de vendre ou de détenir un instrument financier. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La pertinence d’une stratégie dépend notamment des objectifs, de l’horizon de placement, de la situation financière et de la capacité de risque de chaque investisseur.