Hedging: les coûts sous-estimés de la couverture

Réduire les risques semble toujours séduisant. Mais sur les marchés financiers, la sécurité a un prix.

Le hedging, ou couverture, permet de réduire certains risques de manière ciblée. Pour cela, les investisseuses et investisseurs utilisent par exemple des options, des contrats à terme ou d’autres instruments dérivés.

Les coûts directs d’une couverture sont relativement faciles à identifier. Les coûts indirects le sont moins. Primes, frais de transaction, spreads et rendement potentiel auquel on renonce peuvent peser sur la performance d’un portefeuille.

Cela ne signifie pas que le hedging soit inutile. Il faut simplement poser la bonne question. Non pas «Comment éliminer tous les risques?», mais «Quel risque voulons-nous réduire et combien sommes-nous prêts à payer pour le faire?»

En bref

  • Le hedging vise à réduire ou à limiter un risque financier déterminé.
  • Une couverture entraîne des coûts directs, par exemple des primes, des frais de transaction ou des spreads.
  • Elle peut également générer des coûts indirects, notamment lorsqu’elle limite la participation à une évolution favorable du marché.
  • Une couverture permanente peut peser sur la performance à long terme.
  • Le bon moment pour mettre en place ou supprimer une couverture est difficile à déterminer de manière fiable.
  • Diversification et hedging ne sont pas des alternatives parfaites. Ils répondent à des objectifs différents.
  • Une couverture ciblée peut être pertinente lorsqu’un risque est clairement identifié, limité dans le temps ou lié à une obligation concrète.

Qu’est-ce que le hedging?

Le hedging, ou couverture, est une technique de gestion des risques qui vise à réduire les conséquences financières d’une évolution défavorable du marché.

Le principe ressemble à celui d’une assurance. Vous acceptez un coût aujourd’hui afin de réduire l’impact potentiel d’un événement défavorable demain.

Une investisseuse ou un investisseur peut par exemple utiliser des options, des contrats à terme ou d’autres produits dérivés pour couvrir un risque lié aux actions, aux taux d’intérêt ou aux devises.

Le mécanisme exact dépend de l’instrument utilisé.

Le principe économique reste cependant le même: la protection a un coût, tandis que son utilité dépend de l’évolution future du risque couvert.

Si le scénario redouté ne se produit pas, les coûts de la couverture ont tout de même été supportés.

Combien coûte une couverture?

Le coût du hedging ne se limite pas au prix affiché d’un instrument.

Il faut distinguer plusieurs composantes.

Les primes: l’achat d’une option nécessite généralement le paiement d’une prime. Celle-ci représente le prix de la protection obtenue.

Les frais de transaction: la mise en place, l’adaptation et la clôture d’une couverture peuvent entraîner des frais.

Les spreads: la différence entre le prix d’achat et le prix de vente d’un instrument constitue également un coût.

Les coûts de renouvellement: certaines couvertures doivent être renouvelées régulièrement. Les coûts peuvent donc se répéter aussi longtemps que la protection est maintenue.

Le rendement potentiel auquel on renonce: selon sa structure, une couverture peut limiter la participation à une évolution favorable du marché.

C’est ce dernier point qui est souvent sous-estimé.

Un hedge peut parfaitement remplir sa fonction et néanmoins réduire la performance à long terme. Ce n’est pas nécessairement une erreur. C’est le prix payé pour réduire un risque.

La sécurité n’est donc pas gratuite. Elle n’est simplement pas toujours facturée sur une ligne séparée.

Pourquoi une couverture permanente peut-elle coûter cher?

Imaginons qu’un portefeuille soit systématiquement protégé contre une baisse déterminée du marché.

Si cette baisse se produit, la couverture peut réduire les pertes et remplir exactement son rôle.

Mais si les marchés progressent pendant une longue période, la protection peut représenter un coût récurrent sans générer de compensation correspondante.

Selon la stratégie utilisée, les primes et autres coûts de couverture peuvent alors réduire progressivement la performance du portefeuille.

Sur quelques mois, la différence peut sembler modeste. Sur plusieurs années, l’effet cumulé peut devenir important.

Cela ne signifie pas qu’un portefeuille non couvert soit automatiquement supérieur. Il supporte davantage le risque que le hedge cherche précisément à réduire.

La question est donc toujours celle du compromis entre protection, coût et rendement potentiel.

Pourquoi le timing du hedging est-il si difficile?

En théorie, la stratégie idéale semble évidente: mettre en place une couverture juste avant une baisse et la supprimer lorsque le danger est passé.

Il ne reste qu’un petit détail: savoir quand cela va se produire.

Dans la pratique, il est extrêmement difficile de prévoir de manière fiable les changements de régime de marché.

Le problème peut même devenir plus important lorsque l’incertitude augmente. En période de forte volatilité, certaines formes de protection, notamment les options, peuvent devenir plus coûteuses.

Une investisseuse ou un investisseur qui achète une protection après une forte baisse risque donc de payer cher pour un risque déjà largement matérialisé.

À l’inverse, une couverture maintenue en permanence génère des coûts même lorsque la protection n’est pas nécessaire.

Le véritable défi ne consiste donc pas seulement à identifier le risque. Il faut également déterminer pendant combien de temps il doit être couvert et à quel prix.

Hedging et diversification: quelle différence?

Hedging et diversification sont deux méthodes de gestion des risques, mais elles ne fonctionnent pas de la même manière.

Le hedging cherche généralement à réduire un risque spécifique. La diversification vise plutôt à éviter qu’un portefeuille dépende excessivement d’une seule source de risque ou de rendement.

Un portefeuille diversifié répartit les investissements entre différentes entreprises, régions, marchés et classes d’actifs. L’objectif est que tous les éléments du portefeuille ne réagissent pas de manière identique au même événement.

Lorsque les différentes sources de rendement n’évoluent pas parfaitement dans le même sens, elles peuvent contribuer à stabiliser l’ensemble du portefeuille.

La diversification ne protège toutefois pas contre toutes les pertes. Lors d’une crise généralisée, plusieurs classes d’actifs peuvent reculer simultanément. Le risque général du marché ne peut pas être éliminé simplement en multipliant les positions.

La différence essentielle est donc la suivante: la diversification répartit les risques de manière structurelle, tandis que le hedging cherche à réduire un risque précis au moyen d’une protection spécifique.

La diversification est-elle préférable au hedging?

Pas nécessairement.

Opposer systématiquement les deux approches serait trop simple.

Pour un portefeuille à long terme, une large diversification peut constituer la base de la gestion des risques. Elle permet de limiter la dépendance à certains titres, marchés ou facteurs de risque sans devoir acheter une protection séparée contre chaque scénario possible.

Le hedging peut ensuite compléter cette architecture lorsqu’un risque particulier doit être réduit.

Prenons une entreprise suisse qui sait qu’elle devra payer une importante facture en dollars dans six mois. Elle ne cherche pas à prévoir l’évolution du dollar. Elle souhaite simplement réduire l’incertitude sur le montant qu’elle devra payer en francs. Une couverture du risque de change peut alors avoir une fonction très concrète.

Pour une investisseuse ou un investisseur privé avec un horizon de plusieurs décennies, la situation peut être différente. Une couverture permanente de chaque fluctuation du marché peut entraîner des coûts sans nécessairement améliorer le résultat à long terme.

Le contexte est donc déterminant.

Et la couverture du risque de change?

Le risque de change mérite une distinction particulière.

Une personne domiciliée en Suisse qui investit à l’étranger peut obtenir un rendement positif sur un placement dans sa monnaie locale tout en subissant une perte une fois ce rendement converti en francs suisses.

La couverture de change vise à réduire cet effet.

Son coût et son intérêt dépendent notamment des monnaies concernées, des différences de taux d’intérêt, de l’instrument utilisé et de la durée de la couverture.

La question ne peut donc pas être réduite à «couvrir ou ne pas couvrir». Elle doit être examinée dans le contexte de la stratégie globale, de l’horizon de placement et des risques concernés.

Nous expliquons plus en détail le sujet dans notre Blog consacré à la couverture des risques de change.

Quand le hedging peut-il être pertinent?

Une couverture peut notamment être utile lorsqu’un risque est clairement identifiable et que ses conséquences financières seraient importantes.

C’est par exemple le cas:

  • lorsqu’une obligation financière future est connue

  • lorsqu’un risque particulier existe pendant une période limitée

  • lorsqu’une forte perte compromettrait un objectif financier concret

  • lorsque le coût de la protection est raisonnable par rapport au risque couvert

  • lorsqu’une exposition spécifique ne peut pas être suffisamment réduite par la diversification

Le hedging est donc particulièrement utile lorsqu’il répond à un problème précis.

Se couvrir simplement parce que les marchés «semblent risqués» est une approche beaucoup moins précise.

Les marchés semblent d’ailleurs assez régulièrement risqués. C’est un peu leur métier.

Comment Descartes aborde-t-il la gestion des risques?

Chez Descartes, nous considérons le hedging comme un instrument de gestion des risques et non comme une réponse automatique à chaque fluctuation des marchés.

La question centrale est toujours de savoir quel risque doit être réduit, quel est le coût de cette réduction et quelles conséquences la couverture peut avoir sur le rendement à long terme.

Pour la construction d’un portefeuille, l’analyse des risques, la diversification et une allocation adaptée jouent donc un rôle central.

La stratégie Minimum Risk illustre une autre manière d’aborder la gestion des risques. Elle vise notamment à réduire certains risques au sein même de la construction du portefeuille. Descartes couvre également les investissements à l’étranger lorsque cela est jugé pertinent dans le cadre de cette stratégie.

Pour les investisseuses et investisseurs à long terme, le risque ne se limite en effet pas aux fluctuations à court terme.

Chercher à éviter chaque baisse peut également avoir un coût si la protection réduit durablement la participation aux rendements des marchés.

Questions fréquentes sur le hedging

Qu’est-ce que le hedging, simplement expliqué?

Le hedging, ou couverture, consiste à réduire un risque financier déterminé à l’aide d’une position ou d’un instrument de protection. Des options, des contrats à terme et d’autres produits dérivés peuvent par exemple être utilisés à cette fin.

Quels sont les coûts du hedging?

Selon la stratégie, une couverture peut entraîner des primes, des frais de transaction, des spreads et des coûts de renouvellement. Elle peut également engendrer un coût d’opportunité si elle limite la participation à une évolution favorable du marché.

Le hedging réduit-il toujours le rendement?

Non. Son effet dépend de la stratégie utilisée et de l’évolution du marché. Lorsqu’un risque couvert se matérialise, un hedge peut réduire les pertes. Lorsque le scénario défavorable ne se produit pas, les coûts de la couverture peuvent en revanche peser sur la performance.

Quelle est la différence entre hedging et diversification?

Le hedging cherche à réduire un risque spécifique au moyen d’une protection ciblée. La diversification répartit les investissements entre différentes sources de risque et de rendement afin de réduire la dépendance du portefeuille à un seul facteur.

La diversification empêche-t-elle les pertes?

Non. Une bonne diversification peut réduire certains risques, mais elle ne supprime pas le risque général du marché. Lors d’une crise généralisée, même un portefeuille largement diversifié peut perdre de la valeur.

Quand une couverture est-elle particulièrement utile?

Elle peut être pertinente lorsqu’un risque est clairement défini, limité dans le temps ou susceptible de compromettre une obligation ou un objectif financier concret. Le coût de la couverture doit toujours être mis en relation avec le risque qu’elle permet de réduire.

Qu’est-ce que la couverture du risque de change?

La couverture du risque de change vise à réduire l’impact des fluctuations des devises sur la valeur d’un investissement exprimée dans la monnaie de référence de l’investisseuse ou de l’investisseur. Pour une personne domiciliée en Suisse, il s’agit généralement d’évaluer l’impact des monnaies étrangères par rapport au franc suisse.

Conclusion: une bonne protection commence par une bonne question

Le hedging peut être un instrument efficace de gestion des risques. Mais une protection n’est pas automatiquement avantageuse simplement parce qu’elle réduit les fluctuations.

Elle a un coût.

Pour juger de son utilité, il faut donc savoir précisément quel risque doit être couvert, pendant combien de temps et à quel prix.

Pour les portefeuilles à long terme, la diversification et une allocation adaptée constituent des éléments fondamentaux de la gestion des risques. Une couverture ciblée peut compléter cette structure lorsqu’un risque spécifique le justifie.

L’objectif n’est pas d’éliminer chaque fluctuation.

Il est de prendre les risques qui ont du sens et d’éviter de payer inutilement pour ceux que l’on peut mieux gérer autrement.

Disclaimer: Ce Blog est fourni exclusivement à titre informatif et ne constitue ni un conseil individuel en placement, ni un conseil juridique ou fiscal, ni une recommandation concernant une stratégie de couverture ou un instrument financier particulier. Les opérations de couverture et les produits dérivés comportent des risques et des coûts spécifiques. Les placements en titres sont soumis à des fluctuations de valeur et à un risque de perte. La stratégie appropriée dépend notamment de la situation financière personnelle, de l’objectif, de l’horizon de placement ainsi que de la capacité et de la volonté de prendre des risques.