Investir en actions pour les débutants: 5 biais à éviter

Les investisseuses et investisseurs prennent-ils toujours des décisions rationnelles? Pas vraiment. Face à des décisions complexes, notre cerveau utilise volontiers des raccourcis mentaux, appelés heuristiques. Ils nous permettent de décider rapidement, mais peuvent aussi entraîner des erreurs de jugement.

La finance comportementale (Behavioral Finance) étudie précisément ces mécanismes psychologiques et leur influence sur nos décisions d’investissement. Voici cinq biais particulièrement fréquents et quelques pistes pour limiter leur influence lorsque vous investissez.

En bref

  • Nos décisions financières sont influencées par des biais cognitifs, souvent sans que nous en ayons conscience.

  • Le Mental Accounting, l’aversion aux pertes, le comportement grégaire, l’excès de confiance et l’ancrage peuvent conduire à de mauvaises décisions d’investissement.

  • Une stratégie de placement définie à l’avance aide à éviter les décisions impulsives.

  • Le risque doit toujours être adapté à votre situation financière, à votre horizon de placement et à votre capacité à supporter des pertes.

1. Mental Accounting: tous les francs n’ont-ils pas la même valeur?

Le Mental Accounting, ou comptabilité mentale, décrit notre tendance à traiter différemment l’argent selon son origine ou l’usage auquel nous le destinons.

Nous créons en quelque sorte des «comptes» dans notre tête. Un salaire durement gagné peut être considéré comme de l’argent à épargner, tandis qu’un bonus, un héritage ou un gain en Bourse peut sembler plus facile à dépenser. Pourtant, économiquement, un franc reste un franc.

Prenons un exemple. Une personne accepte volontiers de dépenser 500 francs pour un repas dans un restaurant gastronomique, mais hésite à choisir un menu à 200 francs dans une bonne auberge et préfère celui à 100 francs. Le premier repas appartient mentalement à la catégorie «luxe», alors que le second relève des dépenses «ordinaires». Cette catégorisation influence la perception du prix, même si elle ne dit rien sur le rapport qualité-prix réel.

Comment limiter ce biais? Établissez un budget et décidez à l’avance de ce que vous souhaitez faire d’un revenu exceptionnel, par exemple un bonus ou un héritage. Vous réduisez ainsi le risque de prendre une décision uniquement parce que cet argent vous paraît différent de votre revenu habituel.

2. Loss Aversion: pourquoi les pertes nous affectent-elles autant?

La Loss Aversion, ou aversion aux pertes, désigne notre tendance à accorder davantage de poids à une perte qu’à un gain comparable.

Cette aversion peut avoir des conséquences concrètes sur un portefeuille. Certaines investisseuses et certains investisseurs conservent par exemple une part très importante de leur patrimoine en liquidités parce qu’ils souhaitent éviter toute fluctuation. À long terme, cette prudence peut toutefois avoir un coût, notamment lorsque le rendement de l’épargne ne compense pas l’inflation.

L’inverse est également possible: après une baisse des marchés, la peur de nouvelles pertes peut pousser à vendre précisément au mauvais moment.

Comment limiter ce biais? Définissez une stratégie de placement correspondant à votre horizon, à vos objectifs et à votre capacité à prendre des risques. Une stratégie établie à l’avance facilite le maintien du cap lorsque les marchés deviennent plus volatils.

3. Herding: suivre le troupeau n’est pas une stratégie

Le Herding, ou comportement grégaire, consiste à suivre les décisions des autres plutôt qu’à prendre une décision fondée sur sa propre analyse.

Lorsque tout votre entourage parle soudainement d’une action, d’une cryptomonnaie ou d’un autre placement, il peut devenir difficile de rester à l’écart. Le simple fait que beaucoup de personnes investissent dans le même actif peut donner une impression de sécurité.

Mais la popularité d’un placement ne réduit pas son risque.

Le comportement grégaire est particulièrement problématique lorsque l’on investit dans un produit que l’on comprend mal, uniquement par peur de «rater» une opportunité.

Comment limiter ce biais? Avant d’investir, demandez-vous pourquoi ce placement correspond à votre stratégie et quel risque vous êtes réellement prêt à supporter. Les placements très spéculatifs ne devraient porter que sur des montants dont une perte importante, voire totale, ne mettrait pas en danger vos objectifs financiers. Le capital dont vous aurez besoin pour votre prévoyance mérite une approche particulièrement rigoureuse et diversifiée.

4. Overconfidence: surestimons-nous nos capacités?

L’Overconfidence, ou excès de confiance, apparaît lorsque nous surestimons nos connaissances ou notre capacité à prévoir les marchés.

Après quelques bonnes décisions, il est facile de penser que l’on sait reconnaître le prochain gagnant ou déterminer le meilleur moment pour acheter et vendre. Pourtant, anticiper systématiquement les mouvements à court terme des marchés est extrêmement difficile.

Chercher à acheter exactement au plus bas et à vendre exactement au plus haut (Market Timing) relève donc davantage de l’idéal que d’une stratégie reproductible.

Comment limiter ce biais? Définissez des règles claires avant d’investir. Diversification, horizon de placement et discipline sont généralement plus contrôlables que les mouvements à court terme du marché. Si votre situation financière est complexe, un conseil professionnel peut également vous aider à établir une stratégie cohérente.

5. Anchoring: quand un chiffre reste dans notre tête

L'Anchoring, ou biais d’ancrage, désigne notre tendance à accorder trop d’importance à une première information et à utiliser ensuite celle-ci comme point de référence.

Imaginons que vous observiez le Swiss Market Index (SMI) lorsqu’il se situe à 12 000 points et que vous pensiez qu’il pourrait monter jusqu’à 13 000 points. Une semaine plus tard, vous envisagez d’acheter un ETF sur l’indice, mais le SMI se situe désormais à 12 200 points.

Comme votre référence mentale reste fixée à 12 000 points, le marché peut soudain vous sembler «cher». Pourtant, le niveau de 12 000 points n’a pas nécessairement de signification particulière pour la décision que vous devez prendre aujourd’hui.

Si l’indice progresse ensuite jusqu’à 13 000 points, le fait d’avoir attendu uniquement parce que vous étiez ancré sur l’ancien niveau vous aura empêché de participer à cette hausse. À l’inverse, rien ne garantissait évidemment que l’indice atteindrait effectivement 13 000 points.

Comment limiter ce biais? Réévaluez régulièrement vos hypothèses à partir des informations disponibles aujourd’hui. Un ancien cours d’achat, un précédent sommet ou un objectif fixé dans le passé ne devrait pas déterminer à lui seul votre prochaine décision.

Comment investir en actions quand on débute?

Connaître ces cinq biais ne suffit pas à les faire disparaître. Même les investisseuses et investisseurs expérimentés restent influencés par leurs émotions et leurs raccourcis mentaux.

L’objectif consiste plutôt à mettre en place un processus qui réduit leur influence. Une stratégie de placement claire, une bonne diversification et des règles définies à l’avance permettent d’éviter qu’une émotion ou un mouvement de marché ne dicte chaque décision.

Avant d’investir, posez-vous notamment trois questions: quel est mon horizon de placement? Quelle perte temporaire puis-je financièrement et psychologiquement supporter? Et quel rôle cet investissement joue-t-il dans l’ensemble de mon patrimoine?

Plus ces réponses sont claires, moins vous risquez de laisser un biais comportemental prendre la décision à votre place.

Conclusion: la discipline compte autant que les connaissances

Investir en actions ne consiste pas uniquement à comprendre les entreprises, les marchés ou les produits financiers. Il faut également comprendre son propre comportement.

Le Mental Accounting, l’aversion aux pertes, le comportement grégaire, l’excès de confiance et l’ancrage peuvent tous influencer les décisions d’investissement. En prendre conscience ne garantit pas que vous éviterez chaque erreur, mais cela permet de construire un processus de décision plus rationnel et plus discipliné.

Pour les débutantes et débutants, c’est souvent un meilleur point de départ que d’essayer de prévoir le prochain mouvement du marché.

FAQ

Est-il judicieux d’investir en actions quand on débute?

Les actions peuvent constituer un élément d’une stratégie de placement à long terme, y compris pour les personnes qui commencent à investir. Elles impliquent toutefois des fluctuations et un risque de perte. La part d’actions appropriée dépend notamment de l’horizon de placement, des objectifs financiers et de la capacité à supporter les risques.

Pourquoi les émotions influencent-elles autant les décisions d’investissement?

Les décisions financières sont complexes et comportent de l’incertitude. Notre cerveau utilise donc des raccourcis mentaux pour simplifier la prise de décision. Ceux-ci sont utiles dans de nombreuses situations, mais peuvent conduire à des biais systématiques lorsqu’il s’agit d’investir.

Comment éviter de vendre lorsque les marchés baissent?

Il n’existe pas de méthode permettant d’éliminer complètement les réactions émotionnelles. Une stratégie définie avant les périodes de turbulences, adaptée à votre capacité de risque et suffisamment diversifiée, peut toutefois réduire le risque de prendre des décisions impulsives.

Faut-il essayer de trouver le meilleur moment pour acheter des actions?

Identifier systématiquement les points d’entrée et de sortie optimaux est extrêmement difficile. Pour un horizon de placement à long terme, une stratégie disciplinée et cohérente est généralement plus robuste qu’une succession de décisions fondées sur des prévisions de marché à court terme.

Disclaimer: Les informations présentées dans cet article sont de nature générale et ne constituent ni un conseil financier personnalisé ni une recommandation de placement. Les investissements en actions comportent des risques, notamment des fluctuations de valeur et des pertes en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.