Rachats d’actions: bonne nouvelle pour les investisseurs?

UBS, Nestlé, Novartis: les grandes entreprises suisses consacrent parfois plusieurs milliards de francs au rachat de leurs propres actions. Pour les investisseurs, l’annonce est souvent perçue comme une bonne nouvelle.

Le mécanisme semble en effet séduisant. Lorsqu’une entreprise rachète puis annule une partie de ses actions, le nombre de titres en circulation diminue. Si son bénéfice reste identique, celui-ci se répartit désormais sur un nombre plus faible d’actions. Le bénéfice par action peut donc augmenter.

Mais ce raisonnement ne suffit pas pour conclure qu’un rachat est avantageux. Une question est beaucoup plus importante: à quel prix l’entreprise rachète-t-elle ses actions et aurait-elle pu utiliser cet argent de manière plus productive?

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

En bref

  • Un rachat d’actions permet à une entreprise d’acquérir ses propres titres.

  • Si les actions rachetées sont ensuite annulées, le nombre d’actions en circulation diminue.

  • Le bénéfice par action peut alors augmenter même si le bénéfice total de l’entreprise ne progresse pas.

  • Avec le dividende, le rachat d’actions constitue l’un des moyens de restituer du capital aux actionnaires.

  • Un programme de rachat n’est pas automatiquement créateur de valeur. Le prix payé et les autres possibilités d’utilisation du capital sont déterminants.

  • Pour juger un rachat d’actions, mieux vaut donc regarder au-delà du montant annoncé.

Qu’est-ce qu’un rachat d’actions?

Lors d’un rachat d’actions, ou «share buyback», une entreprise acquiert ses propres actions sur le marché.

Elle peut ensuite les conserver ou les annuler. Lorsqu’elles sont annulées, le nombre d’actions en circulation diminue. Les actionnaires qui conservent leurs titres détiennent alors, toutes choses égales par ailleurs, une part légèrement plus importante de l’entreprise.

Prenons un exemple simple.

Une entreprise réalise un bénéfice annuel de 100 millions de francs et compte 10 millions d’actions en circulation. Son bénéfice par action, ou Earnings per Share (EPS), s’élève donc à 10 francs.

Supposons maintenant qu’elle rachète puis annule 1 million d’actions. Il ne reste plus que 9 millions d’actions en circulation.

Si le bénéfice de l’entreprise reste inchangé à 100 millions de francs, le bénéfice par action passe mécaniquement à environ 11,11 francs.

L’entreprise n’a pourtant pas gagné un franc de plus.

Le même bénéfice est simplement réparti sur un nombre plus faible d’actions.

Pourquoi une entreprise rachète-t-elle ses propres actions?

Il n’existe pas une seule raison. Un programme de rachat s’inscrit généralement dans une décision plus large sur l’utilisation du capital disponible.

Restituer du capital aux actionnaires

Une entreprise rentable peut générer davantage de liquidités qu’elle n’en a besoin pour financer son activité, ses investissements ou ses acquisitions.

Elle dispose alors de plusieurs possibilités: conserver cet argent, réduire sa dette, investir davantage, verser un dividende ou racheter ses propres actions.

Le rachat offre généralement davantage de flexibilité qu’un dividende régulier. Une entreprise peut adapter le volume de ses rachats à sa situation financière sans nécessairement créer les mêmes attentes qu’avec une politique de dividende établie.

Augmenter le bénéfice par action

C’est l’un des effets les plus visibles.

Lorsque le nombre d’actions diminue, un bénéfice identique se répartit sur moins de titres. Le bénéfice par action augmente donc mécaniquement.

Il faut toutefois éviter un raccourci fréquent: une hausse du bénéfice par action ne signifie pas nécessairement que l’entreprise gagne davantage d’argent.

Elle peut simplement être la conséquence d’un nombre plus faible d’actions en circulation.

Pour analyser l’évolution d’une entreprise, il convient donc de regarder également son chiffre d’affaires, son bénéfice total, ses flux de trésorerie et son endettement.

Adapter la structure financière

Les rachats d’actions peuvent également servir à ajuster la structure du capital d’une entreprise.

Lorsqu’une société dispose d’un excédent de fonds propres ou de liquidités qu’elle ne prévoit pas d’utiliser, elle peut décider d’en restituer une partie à ses actionnaires.

La pertinence d’une telle décision dépend notamment de sa situation financière, de son niveau d’endettement, de ses coûts de financement et des possibilités d’investissement dont elle dispose.

Compenser les plans de participation des collaborateurs

Toutes les actions rachetées ne sont pas nécessairement annulées.

Certaines entreprises utilisent leurs propres actions pour leurs programmes de participation ou de rémunération destinés aux collaboratrices et collaborateurs.

Dans ce cas, les rachats peuvent notamment compenser la dilution provoquée par l’émission de nouvelles actions dans le cadre de ces programmes.

Rachat d’actions ou dividende?

Les deux mécanismes permettent de restituer du capital aux actionnaires, mais ils fonctionnent différemment.

Avec un dividende, les actionnaires ayant droit à la distribution reçoivent un montant déterminé pour chaque action détenue.

Lors d’un rachat, l’entreprise achète en revanche une partie seulement des actions en circulation. Les actionnaires qui ne vendent pas leurs titres ne reçoivent pas directement de liquidités. Mais si les actions rachetées sont annulées, leur participation relative dans l’entreprise augmente.

Prenons un exemple très simplifié.

Vous détenez 100 actions sur un total de 10 000. Votre participation représente 1% de l’entreprise.

Si l’entreprise rachète et annule 1 000 actions et que vous conservez les vôtres, il ne reste plus que 9 000 actions. Vos 100 actions représentent désormais environ 1,11% du total.

Cela ne signifie pas pour autant que votre patrimoine a automatiquement augmenté. L’entreprise a utilisé des liquidités pour racheter ces actions. La valeur créée dépend donc notamment du prix payé.

Un rachat d’actions fait-il monter le cours?

Pas nécessairement.

Lorsqu’une entreprise rachète ses propres titres sur le marché, elle crée une demande supplémentaire. Cela peut soutenir le cours à court terme.

Mais rien ne garantit que l’action progressera durablement.

À long terme, sa valeur dépend surtout des bénéfices que l’entreprise pourra générer, de ses perspectives, de ses risques et du prix que les investisseurs sont prêts à payer pour ces résultats futurs.

Un rachat peut également envoyer un signal: la direction estime parfois que sa propre action est attractive au prix actuel.

Mais une direction peut elle aussi se tromper sur la valeur de son entreprise.

Un programme de rachat n’est donc pas, à lui seul, un signal d’achat.

Quand un rachat d’actions crée-t-il réellement de la valeur?

Imaginons qu’une entreprise dispose d’un milliard de francs dont elle n’a pas besoin pour son activité courante.

Que doit-elle en faire?

Elle pourrait:

  • développer de nouveaux produits;

  • investir dans ses capacités de production;

  • financer la recherche et le développement;

  • acquérir une autre entreprise;

  • réduire sa dette;

  • verser un dividende;

  • conserver davantage de liquidités;

  • ou racheter ses propres actions.

Le rachat n’est intéressant que s’il constitue une utilisation raisonnable de ce capital.

Le prix joue ici un rôle central.

Si une entreprise rachète ses actions à un prix inférieur à leur valeur économique, les actionnaires qui conservent leurs titres peuvent en bénéficier.

Si elle paie au contraire un prix excessif, elle peut détruire de la valeur.

Autrement dit, racheter une action surévaluée n’est pas nécessairement une bonne affaire simplement parce qu’il s’agit de sa propre action.

La vraie question n’est donc pas:

«Combien l’entreprise rachète-t-elle d’actions?»

Mais plutôt:

«Est-ce la meilleure utilisation possible de cet argent?»

Quels sont les risques des rachats d’actions?

Acheter ses propres actions trop cher

C’est probablement le risque le plus évident.

Une entreprise qui rachète massivement ses actions alors que leur valorisation est élevée peut dépenser beaucoup de capital pour acquérir relativement peu de titres.

Pour les actionnaires qui restent investis, le résultat peut être moins favorable qu’il n’y paraît.

Sacrifier des investissements plus rentables

Chaque franc consacré à un rachat ne peut plus être investi ailleurs.

Si une entreprise renonce à des projets rentables, à l’innovation ou à une réduction judicieuse de sa dette pour financer ses rachats, la décision peut pénaliser sa création de valeur à long terme.

Financer les rachats par la dette

Un autre point mérite une attention particulière: le financement.

Un programme financé par les flux de trésorerie disponibles n’a pas les mêmes implications qu’un programme financé par un endettement supplémentaire.

Dans ce dernier cas, l’entreprise peut améliorer certaines mesures par action tout en fragilisant son bilan.

Confondre amélioration de l’EPS et croissance

Une entreprise peut afficher un bénéfice par action en hausse alors que son bénéfice total stagne.

Le rachat d’actions peut donc embellir certaines statistiques sans que l’activité sous-jacente se soit améliorée.

C’est une bonne raison de ne jamais analyser l’EPS isolément.

Trois exemples suisses: UBS, Nestlé et Novartis

Les rachats d’actions ne sont pas une particularité américaine. Plusieurs grandes sociétés suisses utilisent régulièrement cet instrument.

UBS

UBS a achevé en juillet 2026 son précédent programme de rachat et en a lancé un nouveau.

Le programme actuel prévoit le rachat d’actions nominatives pour un montant maximal de 3 milliards de dollars. Il a débuté le 30 juillet 2026. Les actions acquises dans le cadre de ce programme sont destinées à être annulées afin de réduire le capital.

Le cas d’UBS illustre aussi un point important: les programmes de rachat évoluent. Un montant annoncé aujourd’hui peut être atteint, modifié ou remplacé par un nouveau programme. Les chiffres doivent donc toujours être associés à une date.

Nestlé

Nestlé a mené entre janvier 2022 et décembre 2024 un programme de rachat d’un montant de 20 milliards de francs.

Au total, environ 187,4 millions d’actions ont été rachetées dans le cadre de ce programme.

Celui-ci est désormais terminé et Nestlé n’exécute actuellement aucun programme de rachat d’actions.

Novartis

Novartis utilise également les rachats d’actions dans sa gestion du capital.

Lors de l’assemblée générale 2025, les actionnaires ont notamment approuvé l’annulation d’environ 77,5 millions d’actions. Le conseil d’administration a par ailleurs été autorisé à racheter des actions pour un montant maximal de 10 milliards de francs jusqu’à l’assemblée générale 2028.

Ces trois exemples montrent que les rachats font partie des instruments courants de gestion du capital des grandes entreprises suisses.

Ils ne permettent toutefois pas de déterminer si une action est attractive.

Comment analyser un programme de rachat?

Un communiqué annonçant «5 milliards de rachats d’actions» attire facilement l’attention.

Mais le montant, pris isolément, ne dit pas grand-chose.

Pour mieux comprendre l’opération, les investisseurs peuvent se poser quelques questions:

  1. Pourquoi l’entreprise rachète-t-elle ses actions?

  2. À quelle valorisation effectue-t-elle ses rachats?

  3. Les actions seront-elles annulées ou conservées?

  4. Le programme est-il financé par les flux de trésorerie disponibles ou par de nouvelles dettes?

  5. L’entreprise dispose-t-elle d’investissements potentiellement plus intéressants?

  6. Comment évoluent son bénéfice total, ses flux de trésorerie et son endettement?

  7. L’entreprise émet-elle parallèlement de nouvelles actions, par exemple pour rémunérer ses collaborateurs?

Cette analyse permet de distinguer un programme de rachat potentiellement pertinent d’une annonce simplement spectaculaire.

Questions fréquentes sur les rachats d’actions

Qu’est-ce qu’un rachat d’actions?

Un rachat d’actions est une opération par laquelle une entreprise acquiert ses propres actions. Si elle les annule ensuite, le nombre de titres en circulation diminue et les actionnaires qui conservent leurs actions détiennent une part proportionnellement plus importante de l’entreprise.

Pourquoi les entreprises rachètent-elles leurs actions?

Elles peuvent notamment vouloir restituer du capital excédentaire à leurs actionnaires, ajuster leur structure financière, augmenter le bénéfice par action ou disposer de titres pour des programmes de participation des collaborateurs.

Un rachat d’actions augmente-t-il le bénéfice par action?

Oui, si le nombre d’actions en circulation diminue et que le bénéfice total reste identique. Le même bénéfice est alors réparti sur moins d’actions. Cela ne signifie toutefois pas que l’entreprise réalise un bénéfice total plus élevé.

Le cours d’une action monte-t-il après l’annonce d’un rachat?

Pas nécessairement. Le rachat peut soutenir la demande pour l’action, mais son évolution à long terme dépend de nombreux autres facteurs, notamment des résultats de l’entreprise, de ses perspectives et de sa valorisation.

Vaut-il mieux verser un dividende ou racheter des actions?

Il n’existe pas de réponse universelle. Les deux méthodes permettent de restituer du capital aux actionnaires. La pertinence d’un rachat dépend notamment du prix payé pour les actions, des autres possibilités d’utilisation du capital, de la situation financière de l’entreprise et du contexte fiscal.

Un programme de rachat est-il un signal d’achat?

Non. Le fait qu’une entreprise rachète ses propres actions ne signifie pas que celles-ci vont prendre de la valeur. Le programme doit être analysé avec la valorisation de l’entreprise, ses résultats, ses flux de trésorerie, son endettement et ses perspectives.

Conclusion

Les rachats d’actions ont une particularité séduisante: ils peuvent augmenter le bénéfice par action sans que l’entreprise gagne davantage.

C’est précisément pour cette raison qu’il faut regarder au-delà de cette seule statistique.

Un rachat peut être une excellente décision lorsque l’entreprise dispose de capitaux excédentaires, que sa situation financière est solide et que ses actions sont rachetées à un prix raisonnable.

Il peut aussi être une mauvaise allocation du capital lorsque les actions sont trop chères, que le programme augmente excessivement la dette ou que l’entreprise renonce à de meilleurs investissements.

Pour les investisseurs, le montant du programme est donc rarement l’information la plus importante.

La question décisive reste de savoir si l’entreprise utilise intelligemment son capital.

Disclaimer: Les informations présentées dans cet article sont de nature générale et ne constituent ni un conseil financier ou fiscal ni une recommandation d’achat ou de vente de titres. Les entreprises citées servent uniquement à illustrer le fonctionnement des rachats d’actions. Les informations relatives aux programmes de rachat correspondent aux données publiques disponibles au moment de la mise à jour et peuvent évoluer. Tout investissement en actions comporte des risques et peut entraîner des pertes.