La redistribution dans le deuxième pilier a changé de visage

Pendant des années, la prévoyance professionnelle a redistribué des montants importants au bénéfice des personnes à la retraite. Le constat s’est installé dans le débat. Les chiffres, eux, ont évolué. Avant de reprendre la formule «les jeunes paient pour les autres», mieux vaut regarder la date du bilan.

L’essentiel en bref

  • Le deuxième pilier constitue un capital de vieillesse tout en mutualisant certains risques.

  • Des promesses de rente insuffisamment financées peuvent peser sur les personnes assurées actives.

  • Pour 2025, la CHS PP estime toutefois une redistribution de 2,9 milliards de francs en faveur des personnes assurées actives.

  • Le taux de conversion minimal du régime obligatoire LPP reste fixé à 6,8 pour cent.

  • Vos décisions doivent tenir compte de votre caisse, de ses prestations et de votre situation.

Ce que disent les dernières estimations

Selon le rapport sur la situation financière 2025 de la CHS PP, la redistribution estimée favorise les personnes assurées actives pour la quatrième année consécutive. Il s’agit d’une estimation fondée sur un modèle pour les institutions étudiées, pas d’un décompte personnel.

Année

Montant estimé en milliards de francs

Sens de la redistribution

2015

8,1

En faveur des bénéficiaires de rentes

2016

8,4

En faveur des bénéficiaires de rentes

2017

6,6

En faveur des bénéficiaires de rentes

2018

5,1

En faveur des bénéficiaires de rentes

2019

7,2

En faveur des bénéficiaires de rentes

2020

4,4

En faveur des bénéficiaires de rentes

2021

0,2

En faveur des bénéficiaires de rentes

2022

0,2

En faveur des personnes assurées actives

2023

0,3

En faveur des personnes assurées actives

2024

2,3

En faveur des personnes assurées actives

2025

2,9

En faveur des personnes assurées actives

Le calcul compare les attributions effectives à une répartition proportionnelle aux capitaux de prévoyance. Il intègre notamment la rémunération, les pertes liées aux départs à la retraite et le financement des rentes en cours. Un résultat favorable aux personnes actives ne signifie pas que les rentes versées ont été réduites d’autant.

Cette moyenne ne permet ni de déclarer toutes les caisses hors de danger ni de calculer votre perte personnelle. Leur financement et leur population assurée diffèrent trop pour cela.

D’où vient la redistribution?

Contrairement à l’AVS, le deuxième pilier accumule des capitaux pour financer les prestations futures. Mais une caisse de pension n’est pas un compte d’épargne individuel auquel on aurait ajouté une rente. Elle mutualise notamment les risques d’invalidité, de décès et de longévité. Cette solidarité fait partie de sa fonction.

La difficulté apparaît lorsqu’une rente promise nécessite davantage de capital que celui disponible au départ à la retraite. Il faut alors financer l’écart avec d’autres ressources. Le renforcement du financement des rentes existantes peut lui aussi mobiliser des moyens. Il peut en rester moins pour rémunérer les avoirs des personnes actives.

Diviser 100 par le taux de conversion ne suffit pas à expliquer l’espérance de vie retenue. Le calcul d’une rente intègre aussi les rendements futurs, les probabilités de survie et les prestations aux survivants.

Un taux minimal de 6,8 pour cent, mais sur quelle base?

Le taux minimal de 6,8 pour cent s’applique à l’avoir obligatoire LPP lors d’un départ ordinaire à la retraite. Pour 100 000 francs, cela représente une rente annuelle de 6 800 francs. La réduction prévue à 6,0 pour cent n’est pas entrée en vigueur. La réforme LPP a été refusée le 22 septembre 2024.

La prévoyance surobligatoire offre davantage de latitude. Une caisse enveloppante peut appliquer un taux inférieur à l’ensemble de l’avoir, à condition de respecter globalement les prestations minimales légales. La part surobligatoire n’échappe donc pas à toute règle. Un taux plus faible ne prouve pas non plus, à lui seul, une redistribution des hauts revenus vers les bas revenus.

Votre caisse mérite une lecture attentive

Examinez ensemble votre certificat de prévoyance, le règlement et le rapport annuel. La rémunération de votre avoir, les rentes prévues, le taux de couverture et les réserves apportent des informations complémentaires. Un bon taux de couverture reste à lire avec les hypothèses utilisées pour évaluer les engagements.

Pour un rachat volontaire, comparez les prestations supplémentaires, l’effet fiscal, l’immobilisation du capital et votre projet de retrait. La redistribution est un élément de l’analyse, pas une raison automatique de renoncer. Avant un retrait en capital, vérifiez notamment les délais de blocage légaux et leurs conséquences fiscales.

Le pilier 3a peut compléter la prévoyance, dans les conditions et limites légales. Une solution en titres offre des perspectives de rendement avec des risques de marché. Plus d’autonomie signifie aussi assumer les pertes éventuelles.

Si vous quittez une caisse sans en rejoindre immédiatement une autre, une solution de libre passage permet de maintenir votre prévoyance. Lors de l’affiliation à une nouvelle caisse, la prestation doit en principe lui être transférée. Le libre passage ne constitue pas une alternative que l’on choisit librement à la place de l’assurance obligatoire.

Questions fréquentes

La redistribution va-t-elle toujours des jeunes vers les personnes à la retraite?

Non. Les estimations de 2022 à 2025 favorisent les personnes assurées actives. La situation d’une caisse particulière peut néanmoins s’écarter du résultat global.

Toute solidarité dans une caisse est-elle injuste?

Non. La mutualisation des risques appartient à la prévoyance professionnelle. Elle doit être distinguée du financement de promesses de prestations insuffisamment couvertes.

Faut-il préférer un retrait en capital?

Ces chiffres ne suffisent pas à décider. La rente couvre le risque de longévité. Avec le capital, vous assumez vous-même les placements et l’organisation des retraits. Ce choix demande une planification globale de la retraite.

Disclaimer: ce Blog fournit des informations générales sur la prévoyance. Les données proviennent du rapport de la CHS PP pour 2025; le cadre juridique correspond à octobre 2026. Le texte ne remplace pas un conseil personnalisé en prévoyance, en placement, en droit ou en fiscalité. Les estimations de redistribution ne permettent pas de tirer des conclusions individuelles. Les règlements, la situation personnelle et les règles fiscales doivent être examinés. Les placements peuvent perdre de la valeur. Les dispositions en vigueur et les documents contractuels font foi.